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00:00Vous savez que le cachalot, c'est un animal terrestre.
00:02Il y a 50 millions d'années, il était un mammifère, un peu,
00:08qui ressemblait à une sorte de loup.
00:10Enfin, il est plus proche des chameaux, c'est pas qu'un idée.
00:15Mais il était carnivore.
00:16C'est à l'éocène, une époque de grand, grand réchauffement climatique.
00:22Il fait plus chaud, le niveau des mers est plus haut,
00:25beaucoup d'animaux se rapprochent des lieux où il y a de l'eau,
00:29où il fait plus frais, et l'ancêtre du cachalot et des autres cétacés,
00:33Pachycetus, commence à aller chasser, il quitte le rivage,
00:38il va chasser dans l'eau.
00:39Et puis, petit à petit, les descendants de Pachycetus,
00:45au moins certains, s'immergent complètement
00:48et deviennent baleines et cachalots.
00:52Avec 25 ou 30 millions d'années d'amélioration progressive,
00:57le cachalot est arrivé à avoir le biosonar le plus exceptionnel.
01:02Et c'est ce qui fait son énorme melon.
01:05Parce que la tête du cachalot, c'est pas ce qu'on voit,
01:08c'est l'énorme masse graisseuse qui est en avant du nez.
01:11Et sa narine, au cachalot,
01:15a été étirée loin, loin devant, au bout de cette masse graisseuse
01:21et qui est constituée d'une cire liquide très fine qu'on appelle le spermacéti.
01:26Et c'est cet organe-là qui va lui permettre d'émettre ses cliques
01:32et de les préciser de telle sorte à ce qu'il puisse avoir
01:37une perception de son environnement,
01:39ouf, aussi riche que celle que ses ancêtres avaient à terre,
01:43avec la vue et l'odorat.
01:45Les cliques sont émis par le conduit nasal droit.
01:49Et ce conduit nasal droit a été modifié avec une poche très loin en avant
01:54et puis une poche contre le crâne ici.
01:57En comprimant l'air dans la poche vers l'avant à travers un petit sphincter
02:01qu'on appelle le museau de singe, ça fait un petit...
02:05de rien du tout.
02:06Nous, on le mesure à travers le museau de singe.
02:09Et on le mesure à travers le museau de singe.
02:13De rien du tout.
02:14Nous, on le mesure, on appelle ça le P0.
02:17Et puis, ce petit, il part évidemment dans l'océan,
02:21mais il ne va pas loin, c'est rien du tout.
02:23Mais il part aussi vers l'arrière.
02:25Il va passer à travers la masse graisseuse, à travers la cire du spermacéti,
02:28rebondir sur le réflecteur que constitue la poche d'air
02:32du conduit nasal droit modifié et repartir vers l'avant.
02:35Et là, quand il ressort, puissant, le plus puissant son du règne animal.
02:42Et là, tout d'un coup, ce qu'on appelle, nous, le P1,
02:44puis après le P2, P3, c'est un son très puissant.
02:48J'envoie un son.
02:52Et je vais écouter l'écho que ce son fait en rebondissant
02:57sur un obstacle ou sur une proie.
03:00Je peux décrire mon milieu infiniment précisément.
03:05Voilà comment il perçoit son environnement.
03:07Nous, les humains, quand on regarde notre environnement comme ça,
03:11il n'y a que nous qui savons ce que nous regardons.
03:14Vous ne pouvez pas savoir en ce moment ce que je regarde.
03:17En revanche, dans le monde des cachalots, si je fais...
03:22Tous les autres ont entendu mon clic
03:24et tous les autres vont entendre le rebond de ce clic.
03:28Par conséquent, je ne peux pas cacher mes intentions.
03:32Tout le monde sait ce que je vois.
03:34Tout le monde sait ce que je pointe du doigt.
03:36Tout le monde sait ce que je regarde.
03:39Tout le monde en profite.
03:40Ça inverse complètement la perception du monde.
03:44Formidable comme conséquence !
03:47Par exemple, pour apprendre à son petit,
03:50c'est ce qu'on appelle l'attention conjointe.
03:53Il n'y a que les humains qui savent faire ça.
03:55Un coup de regard et l'enfant avec moi perçoit exactement
04:00ce que j'ai voulu montrer.
04:03Chez les autres animaux, le petit peut regarder sa mère
04:07et il ne sait pas ce que sa mère veut lui montrer.
04:09Il est obligé d'apprendre par imitation.
04:12Tandis que chez le cachalot,
04:15le petit sait exactement ce que la mère a montré.
04:19Cette attention conjointe, passive et obligatoire,
04:23permet de transmettre tout de suite
04:26à ceux avec qui on veut partager le même environnement,
04:31ce que l'on veut montrer, ce que l'on veut apprendre à l'autre.
04:34C'est quelque chose qui est révolutionnaire
04:37pour l'apprentissage d'une culture, d'une technique de chasse, etc.
04:55Les cachalots communiquent en émettant aussi des clics.
05:00Les mêmes ! Les mêmes !
05:03Que ceux qui sont utilisés pour percevoir l'environnement.
05:07Et ces clics, ils les organisent.
05:10Ils les organisent en expressions sonores.
05:19Par exemple...
05:24On appelle ça des codas.
05:26Et on s'est aperçu que les clans
05:29utilisaient préférentiellement certaines expressions sonores.
05:32Par exemple, le clan de Irène Gueule-Tordue utilise...
05:37Cette expression sonore à 8 clics,
05:39de façon préférentielle,
05:41lorsque l'un des cachalots veut inviter un autre cachalot
05:46à venir se faire des caresses.
05:49Mais ce n'est pas universel, cette...
05:53A Lille-Maurice, d'autres clans utilisent d'autres expressions sonores.
05:57Par exemple, à 6 clics.
05:59Ou alors, en Méditerranée, nous étudions les cachalots aussi,
06:03qui semblent utiliser préférentiellement la 4 clics.
06:08Donc, on en a conclu que c'était spécifique, culturel.
06:13Alors, culturel, c'est difficile de le prouver,
06:16parce qu'un clan est constitué d'animaux
06:19qui ont des liens génétiques entre eux,
06:21qui ont tous le même, la même arrière-arrière-grand-père.
06:27La même arrière-arrière-grand-mère commune.
06:29Alors, on peut dire, vous voyez bien, c'est génétique.
06:33Mais non !
06:34Nous, on a de la chance.
06:36Dans le clan de Irène Gultordu,
06:38il y avait une grande femelle, baptisée Claire.
06:42C'était la plus vieille, c'était la plus grande,
06:43c'était la plus majestueuse.
06:45Et cette grande femelle, qui partageait la vie du clan,
06:50n'était pas du clan.
06:52Elle n'avait pas du tout ce qu'on appelle le même haplotype.
06:57C'est-à-dire le même ADN mitochondrial.
07:00Elle ne faisait pas partie de ce clan
07:03parce qu'elle n'avait pas la même arrière-arrière-grand-mère commune.
07:07Elle venait d'ailleurs.
07:09Et Claire faisait partie du clan.
07:12Claire était d'ailleurs la compagne de Irène Gultordu,
07:16avec laquelle elle se faisait beaucoup de câlins.
07:19Et Claire parlait la huiclique.
07:21Ce qui veut dire que ce n'est pas génétique,
07:24cela veut bien dire que c'est culturel.
07:27Cette coda huiclique,
07:29et puis d'autres expressions sonores particulières,
07:34semblent bien montrer qu'il y a tout un aspect culturel qui nous échappe,
07:39et dont ces codas ne sont que la pointe de la montagne,
07:44le sommet de l'iceberg.
07:46À nous d'aller plus loin pour découvrir les cultures propres à chacun des clans.
07:55Voilà le petit qui était une autre femelle que sa mère.
07:59Ou peut-être était-ce sa mère,
08:01mais que la première qu'il avait l'été était une nounou.
08:05Oui, chez les cachalots.
08:08Les petits qui sont très en demande de lait,
08:10surtout les premiers mois,
08:12parfois arrivent au-delà des possibilités de la mère.
08:16Et alors cette mère-là vient confier son nouveau-né
08:21à une femelle, et une seule, qui sera sa nounou.
08:25Elle va non seulement l'allaiter, et parfois suppléer complètement la mère,
08:30et puis le protéger, s'en occuper.
08:33Et nous avons vu aussi qu'à côté de ces nounous allaitants,
08:37qui ne s'occupaient que d'un seul petit qui n'était pas les siens,
08:41il y avait une babiciteur.
08:44La babiciteur, elle, n'allaite pas les petits,
08:48n'allaite pas les petits,
08:50elle les garde tous au sein de sa crèche.
08:53Depuis dix ans, dans le clan de cachalots de Irène Guelthordus,
08:57il y a une femelle qui s'appelle Germine,
09:01qui est une jeune femelle adulte, qui structure le clan,
09:05parce que c'est elle qui va garder la crèche.
09:07C'est à elle que toutes les autres femelles du clan
09:11vont amener leurs petits,
09:13lorsqu'elles vont s'enfoncer dans les profondeurs
09:16pour les chasser pendant des heures.
09:18Il faut bien que quelqu'un garde les petits qui sont en surface,
09:21sans protection particulière.
09:23Eh bien, c'est cette femelle-là.
09:34Un cachalot, c'est 50 tonnes de délicatesse et de caresse.
09:38C'est probablement un moyen de communication
09:41très, très, très important.
09:43Les cachalots sont vraiment des tactiles.
09:45Depuis plus de dix ans maintenant,
09:48nous travaillons avec une famille de cachalots qui nous accueille.
09:52Une famille élargie, un clan. Qu'est-ce que c'est qu'un clan ?
09:55Eh bien, ce sont des individus qui vivent ensemble
09:57et qui ont tous un lien de parenté lointain.
10:02Dans ce groupe, il n'y a que des femelles adultes et des juvéniles,
10:08femelles et mâles.
10:10Parce que chez les cachalots, à maturité sexuelle,
10:13les mâles vont quitter le groupe maternel.
10:16Ils vont faire leur vie.
10:18Ils vont d'abord migrer vers les eaux polaires
10:21et y passer un certain temps.
10:24Personne ne sait exactement combien de temps ils restent là-bas.
10:28Et puis, ils reviendront dans l'océan Indien,
10:31peut-être à l'île Maurice,
10:33mais en tout cas pas dans leur clan originel.
10:35Et ils essaieront de trouver un clan où ils se reproduiront.
10:42Et ils seront relativement fidèles aux femelles qui les accepteront.
10:52C'est les navires-usines du 20e siècle
10:55qui, dans les années 1960,
10:59tuaient, massacraient 30 000 cachalots par an
11:04sur une population qui, originellement, comptait,
11:08on estime, un million, un million et demi.
11:11Il n'en restait que quelques centaines de milliers,
11:14200, 300 000 à la fin des années 80.
11:17Quand j'ai commencé à essayer de nager avec les cachalots
11:22et que j'étais sur l'Acalypso du commandant Poustot,
11:24on ne pouvait pas les approcher, les cachalots.
11:26Ils entendaient un bruit de moteur.
11:28Les derniers rescapés fuyaient les bateaux et fuyaient les nageurs.
11:32Ça a bien changé depuis 1981.
11:36Et donc, on en est maintenant à la quatrième génération.
11:38Depuis l'arrêt de la chasse,
11:40aujourd'hui, les cachalots nous accueillent,
11:43ils ne nous fuient plus.
11:44La population mondiale semble être sortie du danger d'extinction.
11:49Mais de nouvelles menaces pèsent sur eux,
11:52les collisions avec nos bateaux.
11:54Le trafic maritime augmente de façon exponentielle.
11:57On n'a aucun égard pour les animaux qui vivent dans les océans.
12:01En Méditerranée, par exemple,
12:04c'est la première cause non naturelle de décès.
12:0915% des cachalots que nous observons
12:12portent des cicatrices profondes,
12:15d'hélices ou de chocs avec des bateaux.
12:17Et les autres, ceux que nous n'observons pas,
12:21ils sont morts au fond.
12:24Ce qui veut dire que sur une population en Méditerranée
12:27de quelques centaines,
12:29chaque collision est quelque chose de catastrophique.
12:35Voilà pourquoi notre association Longitude 180
12:38réclame, avec d'autres,
12:40des mesures drastiques
12:43de diminution de la vitesse des bateaux en dessous de 10 nœuds,
12:47c'est-à-dire à peu près 20 km à l'heure,
12:49au moins dans la zone des 12 000 territoriaux.
12:52Parce qu'en dessous de 10 nœuds,
12:55la vitesse est trop grande pour que les cétacés
12:57évitent les collisions.
13:00Et après ça, les causes liées à la pollution.
13:04Pollution de macro-déchets, en particulier les plastiques.
13:08Et quand on fait des autopsies de cachalots
13:11qui sont échouées sur les plages très régulièrement,
13:15on trouve des masses colossales de plastique
13:19que les cachalots ingèrent, souvent par jeu.
13:22Après ça, il y a toutes les pollutions par les métaux lourds,
13:25les PCB, les micro-plastiques,
13:28dont nous ne mesurons pas bien l'impact,
13:32parce que ça ne les tue pas directement,
13:33ça les affaiblit, ça diminue leur défense immutaire,
13:36ça diminue leur capacité à se reproduire.
13:39Ce que l'on sait, c'est qu'une partie de ces polluants
13:43sont stockés dans les graisses.
13:45Et lorsque la mer mobilise ces graisses
13:49pour faire du lait et allaiter son petit la première fois,
13:54elle va injecter à son petit
13:58une quantité terrible, très forte,
14:01de tous ces toxiques qu'elle a accumulés au cours de sa vie.