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00:00 Vous avez la parole. Ce matin, on parle de dentistes en Isère.
00:04 Des jours pour avoir un rendez-vous. On attend vos témoignages ce matin.
00:07 Appelez-nous, ça fait beaucoup moins mal qu'à aller chez le dentiste.
00:10 On parle du manque de chirurgiens dentistes. Ce matin, il y en a moins par habitant en Isère que dans le reste de la France.
00:16 Combien de temps vous faut-il pour avoir un rendez-vous ? Vous devez faire de la route.
00:21 Appelez-nous pour cela. 0476 46 45 2 fois pour témoigner et participer à cette émission.
00:28 Pour en parler, ce matin, notre invité, le docteur Marc Barthélemy. Bonjour, monsieur.
00:33 Bonjour à tout le monde.
00:34 Merci d'être avec nous ce matin.
00:36 Membre de l'Ordre des chirurgiens dentistes de l'Isère, représentant dans la région aussi du syndicat des dentistes libéraux.
00:42 Avant de vous entendre, j'aimerais vous faire entendre un premier témoignage.
00:46 Celui d'Hélène, elle est habitante du Bourdoisan où le dentiste part en retraite et ça l'inquiète.
00:51 Si le cabinet doit fermer, ça nous oblige à aller à Grenoble. Et aller à Grenoble, c'est quasiment systématiquement une demi-journée de congé à chaque fois.
00:59 Donc en termes d'organisation, déjà qu'on y va assez souvent pour tous les spécialistes qu'on ne trouve pas à proximité.
01:04 En termes d'organisation pour les salariés, pour les gens qui travaillent et pour les gens qui ont des problèmes de déplacement aussi, c'est compliqué.
01:10 Le témoignage d'Hélène, j'imagine qu'il vous parle, docteur Barthélemy. Ce n'est pas un cas isolé ?
01:15 Non, malheureusement, c'est général non seulement à l'Isère mais à presque toute la France.
01:22 En Auvergne-Rhône-Alpes, il n'y a que le Rhône où il y a suffisamment d'effectifs.
01:28 Mais en Isère, puisque nous sommes dans l'Isère, il y a vraiment un problème de santé publique.
01:34 Et beaucoup de praticiens maintenant ont trop de patients, refusent les patients.
01:40 C'est le cas chez vous, vous m'aviez dit ?
01:43 C'est le cas chez moi également.
01:45 Comme je vais bientôt partir à la retraite, comme beaucoup de ma génération, je ne prends pas de nouveaux patients.
01:52 Ça ne sert à rien de prendre un nouveau patient si je dois lui dire dans 6 mois ou 1 an que j'arrête.
01:59 Donc vous en avez refusé 22 la semaine dernière ?
02:02 22 la semaine dernière, dans une journée.
02:05 Parce que les patients font le tour des cabinets dentaires et ont des refus.
02:12 C'est très préoccupant.
02:14 La profession est désolée de cette situation qui n'est pas de notre fait.
02:22 Mais le résultat est là, on a beaucoup d'appels et malheureusement on ne peut pas les honorer.
02:28 On va essayer d'en expliquer les raisons dans un instant.
02:30 On retourne d'abord au Standard de France Bleu-Isère avec Colette qui nous appelle d'Echirol.
02:34 Bonjour Colette.
02:35 Oui bonjour.
02:36 Quelle est la situation pour vous ? Est-ce que vous arrivez à voir un dentiste ?
02:40 Non justement, ma dentiste avec son époux ne fonctionne plus.
02:46 Ils sont à la retraite tous les deux.
02:48 J'essaye de taper sur d'autres dentistes mais c'est toujours plein.
02:53 Et sur Echirol c'est très très dur, je n'arrive pas à voir un dentiste.
02:57 Et votre dentiste n'a pas trouvé de remplaçant non plus ?
03:00 Non, c'est très très difficile.
03:04 Ma fille m'a parlé d'un cabinet qui s'est ouvert sur le Cours Georges-Aurès.
03:08 Mais je ne sais pas s'ils vont prendre.
03:10 Ma fille m'a dit qu'ils ne prennent plus personne non plus.
03:13 Ils viennent d'ouvrir.
03:14 Alors vous n'avez qu'à voir un peu, c'est tout un problème.
03:17 On l'entend évidemment, on vous souhaite bon courage en tout cas.
03:20 Colette, merci de nous avoir appelé sur France Bleu-Isère ce matin.
03:23 Je vous remercie beaucoup, bonne journée.
03:25 Bonne journée.
03:26 Bon courage Colette.
03:27 Docteur Marc Barthélémy, on compte en Isère 58 dentistes pour 100 000 habitants.
03:31 C'est moins que la moyenne nationale.
03:32 Pourquoi cette pénurie, cette situation ?
03:35 Il n'y a pas que l'Isère qui est en pénurie.
03:39 Par exemple, le Cantal c'est une vraie catastrophe.
03:42 Parce qu'ils ont vraiment une baisse de praticiens.
03:45 Ça pose de gros problèmes dans ce département plus que dans l'Isère.
03:49 On a quand même un territoire attractif.
03:51 Comment ça se fait qu'il n'y ait pas assez de dentistes ?
03:53 Ce n'est pas une question d'attractivité.
03:54 C'est une question de démographie professionnelle.
03:56 Quand je suis sorti de l'école dentaire en 1981,
04:01 on formait 1786 dentistes en France.
04:05 A partir de 1982, on est passé à 800 dentistes avec le numerus clausus.
04:10 On a formé 800 dentistes pendant 25 ans.
04:13 Ma génération par la retraite, vous l'entendez en permanence,
04:16 il n'y a pas de renouvellement.
04:18 Le deuxième élément qui joue, c'est la féminisation.
04:22 Maintenant, on est à parité.
04:24 Il y a autant de consœurs que de confrères.
04:27 Les femmes, et ce n'est pas un jugement moral, c'est normal,
04:30 elles ont deux métiers dans la vie, le travail, la maison et les enfants.
04:34 Du coup, elles ont à peu près un tiers de moins d'activité.
04:37 Quand on additionne les deux,
04:40 en plus, on a une évolution de notre pratique
04:43 qui est vers l'implantologie, vers l'esthétique,
04:46 avec beaucoup de demandes.
04:48 Les gens ne viennent pas dans un cabinet juste pour se faire soigner une dent,
04:51 mais pour faire des travaux qui sont longs.
04:54 Du coup, il y a moins de disponibilité dans les cabinets dentaires.
04:59 Donc, tous ces phénomènes s'additionnent,
05:02 se conjuguent, pour avoir une pénurie d'offres de soins.
05:07 Et je tiens à dire, c'est pas la peine d'appeler le Conseil de l'Ordre de l'ISER,
05:11 qu'il n'y peut rien.
05:13 - Parce que vous avez des appels régulièrement ?
05:15 - Énormément.
05:16 Le Conseil de l'Ordre est saturé d'appels,
05:19 de patients qui se plaignent de ne pas trouver de praticien.
05:22 Le Conseil de l'Ordre, ce n'est pas son rôle
05:24 de faire la régulation de la démographie.
05:27 Son rôle, c'est de faire respecter la déontologie et le code de la santé.
05:31 Donc, ce n'est pas la peine de saturer le Conseil de l'Ordre avec des appels.
05:35 - En période hivernale, actuellement,
05:37 on a beaucoup de touristes qui arrivent dans les stations de ski,
05:40 des médecins aussi qui étaient en vacances pendant les fêtes.
05:43 Est-ce que ça aggrave encore la situation ?
05:47 - Non, c'est dans la continuité.
05:50 - On est tellement déjà en difficulté.
05:52 - On est déjà malheureux de refuser les patients.
05:56 Et on ne peut pas superposer deux ou trois patients
05:59 sur le même fauteuil dentaire, je tiens à le dire.
06:01 - Complètement.
06:02 Comment attirer des dentistes en Isère ?
06:05 C'est le défi pour les années à venir.
06:08 Voilà par exemple ce que fait la mairie du Bourdoisan.
06:11 Écoutez, c'est le président de la communauté de communes de Loison, Guy Vernet.
06:15 - Nous avons pris l'initiative de mettre des banderoles
06:19 sur les ronds-points d'entrée nord et sud de Bourdoisan
06:22 pour rechercher des candidats pour reprendre ce cabinet dentaire
06:27 ou éventuellement venir en tant que salarié de ce cabinet dentaire.
06:30 - On en est là, Dr Marc Barthélémy ?
06:32 - Je confirme. J'y ai été en Baie de Somme cet été.
06:36 Et j'ai vu au moins dix villages avec des grands panneaux
06:40 "chercheurs médecins", "chercheurs chirurgiens dentistes"
06:42 tout au long du trajet.
06:43 - Qu'est-ce qu'il faut faire ?
06:45 Par exemple, au Bourdoisan, il y a des logements
06:48 qui peuvent être proposés aux dentistes pour leur faciliter la venue.
06:51 C'est une solution ou pas ?
06:53 - Ça peut être une solution, bien sûr.
06:55 On a une structure qui s'appelle l'Union régionale des professionnels de santé
06:59 qui essaye de promouvoir les territoires en manque de praticiens.
07:05 Malheureusement, même dans le centre-ville de Grenoble,
07:09 les gens cherchent des praticiens.
07:11 Donc, Bourdoisan est une ville parmi les autres.
07:17 - Ce matin, sont inaugurés à Grenoble les locaux de Solidan.
07:21 C'est une association qui prodigue des soins dentaires aux plus précaires
07:24 grâce à des aides de la ville, du département, de la région.
07:27 - Et c'est notre confrère Alexandre Sage qui a mené toute cette croisade.
07:32 - Qu'on a entendu déjà sur France Blizard.
07:34 Il y a aussi eu une cagnotte en ligne.
07:36 Bref, il y a beaucoup d'aides. Est-ce que c'est ça le secret ?
07:38 Beaucoup d'aides publiques ?
07:39 - Soyons clairs. Alexandre Sage et Solidan ciblent des patients,
07:44 des personnes qui n'ont aucune couverture, ni circuite sociale, ni complémentaire,
07:50 qui sont à la rue, qui ont...
07:52 - En situation très précaire.
07:54 - Très très précaire.
07:55 Donc c'est destiné à ces patients-là.
07:57 Il ne faut pas que les personnes qui nous écoutent appellent Solidan.
08:02 Ils ne seront pas reçus.
08:03 C'est que pour les précaires. Il faut s'en occuper.
08:06 Après, voilà. C'est très bien.
08:09 - Est-ce que tout de même, il faut des aides publiques davantage
08:12 pour aider à l'installation des dentistes ?
08:15 - Il faudrait former plus de praticiens.
08:17 Le problème, c'est que pour être chirurgien dentiste, il faut 6 ans d'études.
08:21 Donc de toute façon, on va être dans cette situation, à mon avis, au moins pendant 10 ans.
08:26 - Qu'est-ce que vous attendez de la nouvelle ministre de la Santé, Catherine Vautrin,
08:30 qui gère à la fois le travail et la santé ?
08:32 - Alors, il y a déjà eu des mesures qui ont été prises il y a un an et demi.
08:36 C'est-à-dire de créer 8 écoles dentaires en France
08:40 et d'augmenter le nombre de chirurgiens dentistes au niveau exclusif de 15%.
08:46 Encore une fois, c'est en train de se mettre en place.
08:49 Mais il faut 6 à 7 ans pour former un chirurgien dentiste.
08:52 Et pour former un orthodontiste, un spécialiste, il faut 9 ans.
08:55 Donc vous voyez les délais qu'il va falloir pour récupérer le passif.
09:00 - De la patience, donc, à avoir. Merci beaucoup.
09:03 - Je crains. Je suis désolé.
09:05 Sachez que les praticiens sont désolés de cette situation.
09:09 - On l'entend bien ce matin.
09:10 Merci beaucoup, Dr Marc Martellini, d'avoir été notre invité ce matin,
09:13 membre de l'Ordre des chirurgiens dentistes de l'ISER.
09:16 Merci, belle journée.