Enfant, Bénédicte Garel a été victime d’agressions sexuelles de la part d’un prêtre. Pourtant, ce n’est qu’adulte qu’elle en a pris conscience. Elle raconte à ELLE son histoire.
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00:00J'ai regardé un film de François Ozon qui s'appelle « Grâce à Dieu, y tout est revenu ».
00:04J'ai grandi à Rennes, ma mère était catholique et pratiquante.
00:09J'allais à la messe toutes les semaines, je faisais partie de la cour à la paroissiale,
00:13je faisais partie de l'assemblée des jeunes de l'église où on allait.
00:18Je faisais des colos avec le prêtre de cette église,
00:24je faisais son secrétariat pendant les vacances, je suis partie deux ou trois fois en vacances avec lui.
00:32Donc c'était vraiment un pilier de ma vie.
00:35Il avait l'âge de mon père et j'avais des relations très fortes avec mon père.
00:41Ce qui fait que même si beaucoup de choses me gênaient,
00:47je prenais ça plus comme du paternalisme un peu mal placé, un peu poussé.
00:52J'ai arrêté d'aller à l'église à l'amant de mon père, j'avais 20 ans.
00:55Et à partir de ce moment-là, j'ai haï l'église, je ne savais pas pourquoi.
01:00En octobre 2021, j'étais à la maison toute seule devant ma télé
01:05et je regardais un film de François Ozon qui s'appelle « Grâce à Dieu, y tout est revenu ».
01:15Tout est revenu comme une marée haute de boue.
01:20Et maintenant, je ne suis plus capable de dire ce qui a fait ça dans le film
01:25parce que je n'ai aucun souvenir du film.
01:26J'ai été noyée par ce flot d'informations que je n'avais plus.
01:32Les couloirs dans lesquels il m'avait coincée, les gestes qu'il m'avait fait faire,
01:39tout est revenu.
01:40Par exemple, il s'était cassé une jambe,
01:43il avait besoin de se faire des piqûres dans le ventre pour ne pas faire de flébites.
01:50Il me demandait de lui tenir un bourrelet de peau dans le bas du ventre
01:56pour que lui se fasse sa piqûre.
01:59J'avais 14 ans, je n'avais pas à faire ça.
02:01Mais moi, je voulais lui rendre service.
02:04Et lui, il se déshabillait pour faire ça.
02:09Il m'a coincée pour m'embrasser une ou deux fois dans le couloir.
02:12Je n'ai jamais accepté, je ne me suis pas laissée faire ça.
02:15Je n'ai jamais allé plus loin.
02:16Tout est revenu.
02:18Je savais que c'était vrai, mais je ne savais pas si c'était des agressions.
02:23Je ne savais pas où me mettre par rapport à ses gestes.
02:30Je me disais, tu fais des histoires pour pas grand chose.
02:35Il t'a juste pris pour sa fille.
02:38Je n'arrivais pas à mettre le mot de victime sur moi et d'agresseur sur lui.
02:44Mais j'étais en colère.
02:45J'ai fait des recherches sur Internet pour savoir ce qu'il était devenu.
02:48Mon agresseur est mort en 2011, donc ça fait longtemps.
02:53J'ai parlé avec mes proches, j'ai parlé avec ma psy.
02:57C'est là, ça fait partie de ma vie, ça fait partie de moi.
03:03Mais ça ne me fait plus mal.
03:06Ces zones d'ombre qui cachent quelque chose de plus grave, je n'en sais rien.
03:11Je n'ai plus envie d'aller les chercher.
03:13Je n'ai pas envie qu'elles reviennent.
03:15Ce que j'ai, me suffit.
03:16Maintenant, je sais et dans l'ensemble, ça va maintenant.
03:22Ça va parce qu'on m'a dit que j'avais raison d'en parler,
03:26que j'étais une vraie victime et que du coup, lui était un agresseur.
03:30Et ça, c'est très important.
03:34Pour moi, le travail était fait.