"C'est comme si on avait une version modernisée de Laurel et Hardy sous acide."
Ils jouent de leur image dans "Thalasso" de Guillaume Nicloux. Pour la sortie du film, le réalisateur a réalisé cette interview de Gérard Depardieu et Michel Houellebecq. Unique.
Ils jouent de leur image dans "Thalasso" de Guillaume Nicloux. Pour la sortie du film, le réalisateur a réalisé cette interview de Gérard Depardieu et Michel Houellebecq. Unique.
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Court métrageTranscription
00:00J'aurais dû me présenter aux élections, finalement.
00:03Je pensais pas que Macron s'allait se casser la gueule aussi vite.
00:08Moi, je pense que je ferais mieux, là.
00:10C'est de la merde, ces politiques.
00:12Je voudrais pas être leur froc.
00:16Ils ont tous le même profit, tous la même gueule, une basse cour, on dirait.
00:20Je voulais vous dire que je trouve que vous êtes la honte de la France.
00:41Est-ce que tu te reconnais dans cette...
00:42Ouais.
00:43De la honte de la France ?
00:44De la honte de la France, oui.
00:46C'est pas faux.
00:48Moi, j'adore ça.
00:50C'est pas faux.
00:51Oui, c'est pas faux.
00:52C'est pas faux.
00:53Parce que tu penses que c'est vrai ?
00:54Il y a du vrai, il y a du vrai.
00:55C'est la vérité des gens.
00:58C'est peut-être pas forcément la nôtre,
01:00mais c'est la vérité de ce que nous sommes,
01:02de ce que nous représentons parfois pour des gens.
01:04C'est la vérité.
01:06Je pense qu'ils sont la honte de la France, oui.
01:09Mais ça peut être pris de deux façons.
01:13Est-ce que, finalement, la France les mérite ?
01:15Je ne sais pas.
01:18Ça dépend de quel côté on se place de la barrière.
01:21Et puis, de certains jours,
01:22parfois, ils peuvent être la honte de la France,
01:24et puis, parfois,
01:26ils en sont, voilà,
01:28des icônes,
01:30comme ça, un peu...
01:33des espèces de satellites un peu fous,
01:35un peu incontrôlables,
01:37avec une parole quand même assez libre.
01:39Sur le film,
01:41ce que vous racontez, si on veut le quantifier,
01:44qu'est-ce qui est vrai, qu'est-ce qui est faux ?
01:47En général, je ne sais pas trop si ce que je dis est vrai ou pas.
01:50Déjà, à la base ?
01:51À la base, quoi.
01:52D'accord.
01:53Quand je raconte un truc,
01:54je ne sais pas si c'est vrai ou pas, enfin...
01:58Si je racontais que des trucs vrais,
02:00enfin, je veux dire,
02:02ça serait complètement emmerdant, quoi.
02:04Ils jouent leur propre rôle à l'intérieur du film.
02:06C'est cette porosité troublante
02:08entre le rapport que le spectateur
02:11ou le lecteur entretient avec eux
02:13et la façon dont ils vont être eux-mêmes
02:15à l'intérieur de situations fictionnelles.
02:17C'est comme si on avait une version
02:19peut-être modernisée
02:21de Laurel et Hardy sous acide
02:23ou des compères qui ont pris de l'AMD.
02:25Pour moi, Gérard Depardieu
02:27est une grande consolation dans la vie.
02:29Parce que quand je fais un truc
02:33qui ne va pas,
02:35je me dis de toute façon, oh, Depardieu a fait pire.
02:39Donc en fait, tant qu'il y a Depardieu,
02:41je peux dire des conneries.
02:45C'est une présence rassurante.
02:49L'alibi fictionnel,
02:51finalement, les dédouane,
02:53permet d'être beaucoup plus libre
02:55que si on leur demandait un avis
02:57sur un sujet particulier.
02:59Ils ont toujours la possibilité
03:01de se réfugier derrière le rôle.
03:03Sauf qu'il n'y a pas de rôle.
03:05Ce sont eux
03:07à l'intérieur de situations fictionnelles
03:10pour certaines. D'autres sont réelles.
03:12C'est-à-dire que les actions
03:14leur sont réellement arrivées.
03:16Tu pratiques record de 69, toi ?
03:18Oh, moins.
03:20Je n'aime pas trop, finalement.
03:22C'est vachement difficile,
03:24je trouve, d'agir et de ressentir
03:26en même temps.
03:28Tu dis des choses comme tu le dis.
03:30Non seulement tu y crois,
03:32mais tu ne le joues pas,
03:34tu le vis
03:36et tu le partages
03:38ou tu essaies de me convaincre.
03:40C'est ça, l'acteur, c'est essayer de convaincre.
03:42Je préfère les faire mentir
03:44le plus sincèrement possible
03:46qu'ils me racontent
03:48des histoires.
03:50Parce que c'est ça, le cinéma.
03:52C'est quand même
03:54de réussir cette énorme supercherie,
03:56de provoquer des émotions
03:58qui sont réelles en nous.
04:00Le rire, les pleurs, avec du faux.
04:02Je danse du côté. J'ai des gros organes.
04:04J'ai fait faire une échographie.
04:07Oui, parce que je voulais savoir
04:09si je n'avais pas une cirrhose.
04:11Je me dis que c'est peut-être le foie.
04:13Alors il m'a dit, non, non,
04:15tu as simplement des gros organes.
04:17Tu as un gros estomac, des gros intestins.
04:19Est-ce que vous le voyez, est-ce que vous le savez
04:21quand ils sont vrais
04:23et quand ils sont des personnages ?
04:25Mais à quel moment
04:27on est vrai ?
04:29Parce que là, on est vrai tous les deux.
04:31On joue un rôle.
04:33On joue un rôle de la personne
04:35qui répond, vous, et puis moi qui répond.
04:37J'essaie de répondre le plus justement possible,
04:39le plus sincèrement possible.
04:41Mais on est quand même dans un rôle.
04:43À partir du moment où je rentre dans cette pièce
04:45et où je m'assieds sur cette chaise,
04:47je joue un rôle. Je ne suis pas naturel.
04:49Il n'y a que les gens qui boivent des cirrhoses, c'est normal.