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L'achat de sa première guitare, l'Olympia, son mariage… À l'occasion de la sortie de son dernier album "Domesticated", Sébastien Tellier raconte les moments qui ont changé sa vie.

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Musique
Transcription
00:00Moi, j'ai grandi bêtement en disant que ça faisait cool d'être malheureux.
00:03J'ai vu les mecs dans les films, quand il y avait un personnage sombre et tout,
00:06j'étais là, waouh, cool, ou, je sais pas, des artistes écorchés,
00:10je sais pas, Kurt Cobain et tout, j'ai dit, waouh, presque la classe, quoi,
00:13d'être aussi malheureux, déchiqueté, carrément, par la vie.
00:16Mais en fait, moi, j'étais pas bien.
00:17Et dans ce truc de toujours,
00:21le ciel m'est tombé sur la tête, ça va pas du tout,
00:23attendez, ne parlez pas, je suis en train de penser à des trucs.
00:26Je tirais la gueule, je pensais que, ouais, j'avais l'air cool.
00:29Mais en fait, ça ne m'allait pas.
00:31Moi, pour être heureux,
00:33justement, j'ai besoin de trucs normaux.
00:47On est allé dans une boutique avec mon père.
00:50À l'époque, c'était vers Montparnasse, vers le boulevard Montparnasse.
00:53Il y avait encore pas mal de magasins de musique là-bas à l'époque.
00:56Et puis, je m'étais acheté, enfin, mon père m'avait offert une Telecaster,
01:02mais ce n'était pas une Fender, c'est une Honor.
01:05Et donc, un peu moins cher et tout ça, mais c'était une japonaise.
01:08Et maintenant, elle sonne encore d'enfer et tout ça.
01:11C'était vraiment super.
01:13J'ai passé un temps fou sur cette guitare électrique, c'est-à-dire,
01:17j'étais dans ma chambre, je devais y passer, je ne sais pas moi.
01:21Quand je n'avais pas à l'école, j'étais avec cette guitare, quoi.
01:25Donc, c'est là-dessus, c'est en jouant avec cette guitare
01:29que j'ai commencé à me projeter en me disant,
01:31tiens, ça serait chouette de composer un morceau.
01:34Tiens, si je fais cet accord-là et puis après celui-là, ça fait joli.
01:40Mes parents voulaient que je devienne musicien.
01:42Donc, mon père faisait tout pour que je fasse de la musique le plus possible.
01:46Donc, souvent, au lieu d'avoir des jouets, j'avais des instruments de musique.
01:51Il était à fond, il était à fond, à fond, à fond.
01:54Donc, il m'a appris tous les accords, tout, les mineurs, les machins,
01:58les septièmes, tout ce qu'on voudra.
01:59S'il me faisait écouter le dimanche matin Atom Heart Mother de Pink Floyd,
02:03l'album avec la vache, il me disait, tu vas voir, c'est fabuleux.
02:07Je le connaissais déjà et à chaque fois, il me disait,
02:08oh là là, ça va être exceptionnel et tout ça.
02:12Et donc, j'ai grandi comme ça avec une admiration pour les gens
02:14qui faisaient de la musique, comme si c'était des dieux vivants, en fait.
02:18Je me souviens, bon, moi, j'habitais à Madeleine à l'époque où j'ai fait Olympia.
02:26J'habitais vraiment collé à l'Olympia, vraiment tout, tout près.
02:28J'habitais au-dessus de chez ARS, le magasin de maillots de bain de la Madeleine.
02:33Et c'était facile d'y aller.
02:34Mon père, je devais rejoindre mon père là-bas parce que lui était tellement fier
02:37et tout, il avait les étoiles dans les yeux et tout.
02:39Et donc, il m'appelle pour me dire juste qu'il y est déjà, quoi,
02:42que voilà, il y est déjà, viens, quoi.
02:45Il n'a même pas, une phrase aussi simple, il n'a même pas réussi à la finir,
02:48tellement il était ému, il pleurait.
02:51Il n'arrêtait pas de pleurer.
02:52Je suis tellement fier de toi et tout.
02:57Et ça m'a trop touché.
02:58J'étais genre, waouh, cool.
03:00Mon père est tellement fier et tout qu'il en est ému à ce point-là et tout.
03:03Je me suis dit, c'est quand même génial l'ASIC, je veux dire,
03:06moi qui ai toujours fait n'importe quoi, fumé des joints, des machins.
03:09Eh bien, j'ai quand même réussi à rendre mes parents fiers.
03:11J'étais là, waouh, cool, quoi.
03:13C'était vraiment une grande réussite.
03:15Je veux dire, ce plaisir-là, je ne l'ai pas boudé, quoi.
03:17Et puis après, ma sœur, qui est hyper sympa, elle a pris plein de photos
03:21devant l'Olympia pendant le concert, après, avant, machin, tout.
03:24Et puis, elle en a fait un livre, elle l'a fait relier et tout.
03:27Donc, à la maison, j'ai mon petit livre Sébastien Tellier, l'Olympia,
03:30mais il n'y a que moi qui l'ai, c'est un exemplaire unique.
03:37Donc, je me suis marié trois fois avec la même femme.
03:39On s'est mariés dans l'huitième à Paris.
03:41Bon, voilà, ça, c'était vraiment le mariage parisien typique,
03:44mariage civil, petite fête, etc.
03:47Mais très sympa.
03:48Ensuite, là, on s'est mariés ensuite en Italie, sur les rives du lac de Garde.
03:54Là, c'était fabuleux.
03:56On avait loué un petit train pour aller d'endroit en endroit,
03:59les petits trains touristiques.
04:01Mais il n'y avait que nous dedans et puis des amis à nous et tout ça.
04:04C'était vraiment génial, c'était délicieux, c'était beau.
04:06Il y avait eu un feu d'artifice, on est arrivés en Riva.
04:09Je ne sais pas, c'était beau.
04:11Il y avait des paparazzis cachés dans les arbres.
04:13Je ne sais pas, c'était tout un truc, un grand bordel, hyper beau.
04:17Et puis aussi, après, j'ai été me remarier encore au Bénin,
04:22dans un petit village là où est né le vaudou.
04:24Et là, on a fait plus un mariage vaudou.
04:26Donc là, c'était le délire.
04:28On buvait des alcools qui faisaient délirer.
04:31On est devenu fou et tout.
04:33On était en trance carrément.
04:35Et ça, j'ai adoré aussi.
04:37Donc, ces trois trucs réunis, ça fait un mariage pour moi
04:40parce que c'était avec la même fille.
04:41Et ça, ça m'a bien marqué.
04:44Ça a été vraiment...
04:45Déjà, c'était le début de ma nouvelle vie, parce que être marié,
04:49c'est aussi le début de la vie domestique où il faut apprendre.
04:53Tu te dis, non, je ne peux pas laisser le lit comme ça.
04:54Ou alors, tiens, je ne vais pas laisser mon blouson là, ça va faire chier.
04:57Ou tu commences à t'adapter et tu te dis, OK, il va falloir bien la jouer.
05:06Je me souviens très bien du moment où il est né.
05:08J'étais là, il a hurlé, mais c'était comme un dinosaure.
05:13Un truc hyper diff, genre vraiment la nature, mais au-delà de l'humain, la nature.
05:19C'était dingue, je me disais, oh, qu'est-ce que c'est, c'est lui, c'est mon fils, il est là et tout.
05:24C'était la folie, c'est le feu d'artifice.
05:30Quand tu as un enfant, c'est comme si tu devenais fou, tu es dans une spirale.
05:34Au tout début, les premiers jours, ils sont enivrants carrément.
05:38Tu es transporté, c'est disacide.
05:42C'était fabuleux, j'étais vraiment sur un nuage et tout.
05:45Et donc, c'est la clinique et tout.
05:46Après, tu rentres à la maison et là, tu dis, en fait, personne d'autre que moi va s'en occuper.
05:52Enfin, avec ma femme, il n'y a pas les infirmières.
05:54Parce que quand on est à la clinique, encore l'infirmière qui vient le soir,
05:57qui fait, bon, je vous le prends, je vous le rends demain matin.
05:59Puis en fait, toi, tu passes une nuit relax.
06:02Mais une fois que tu es à la maison, il n'y a plus personne.
06:03Donc, c'est vraiment que toi, tous les biberons là, toutes les trois heures, toutes les six heures.
06:07Moi, je sentais les calculs, tu n'arrêtes pas de calculer.
06:09Il y a du lait en poudre partout, c'est un truc.
06:13Et là, tu te dis, ah ouais, ah ouais.
06:15Et là, et moi, je me souviens, j'étais fou de joie, franchement.
06:18Mais après, quand on est rentré à la maison, je me suis dit, ah ouais, il y a encore un biberon.
06:22Puis je regardais parfois mon téléphone, je me disais, putain, dans une demi-heure, il y en a encore un.
06:25Et là, j'ai commencé, au bout d'une semaine, deux semaines, à être très fatigué.
06:29Puis en fait, au bout d'un an, j'étais encore plus fatigué.
06:31Deux ans, plus fatigué, trois ans encore plus.
06:33Et puis après trois ans, un enfant, ça devient plus facile
06:36parce qu'on n'a pas peur qu'il foute les doigts dans la prise.
06:39Il n'a pas besoin d'une surveillance permanente.
06:42Donc, à partir de là, je me suis détendu.
06:45Après, j'ai eu ma fille, donc rebelote, j'ai dû me remettre dans ce truc-là.
06:49Ce qui est sûr, c'est que ça a tout changé.
06:50Mais comme pour tous ceux qui ont des enfants, c'est que tout d'un coup,
06:53tu n'es plus la priorité de ta vie.

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