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François Ruffin répondait à vos questions et à Rémy Buisine (son livre, Emmanuel Macron, gilets jaunes, grand débat)...

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00:00:0018h08, on est en direct sur Brut. Rémy Buisine va interviewer aujourd'hui François Ruffin.
00:00:06On est donc au sein de la rédaction de Brut. François Ruffin, c'est sa première interview
00:00:09à un média national depuis maintenant plusieurs mois. Première interview depuis l'année 2019.
00:00:13Bonjour François Ruffin.
00:00:15Bonjour.
00:00:16On va parler de pas mal de choses, mais surtout de votre livre, que je vais peut-être vous laisser montrer à l'image.
00:00:20Ça fait un peu promo.
00:00:22Il est sorti peut-être plus au centre comme ça. Ce pays que tu ne connais pas. Bienvenue en France, M. Macron.
00:00:28Alors, j'aimerais d'abord vous poser cette question, justement, parce que ce titre,
00:00:33est-ce que ça veut dire quelque part que c'est un président qui est déconnecté du peuple, pour vous ? Et pourquoi ?
00:00:39Je pense qu'il ne l'a jamais été. Le point de départ du livre, c'est évidemment le mouvement des gilets jaunes.
00:00:45Et ce moment où il se clôt dans l'Élysée, ou alors où il va en voyage au Maroc, me semble-t-il, en Allemagne, en Belgique,
00:00:54tantôt pour inaugurer des lignes de TGV, pour rencontrer les exilés fiscaux en Belgique,
00:01:00mais où jamais, à aucun moment, il ne se rend sur un rond-point où il ne rencontre des auxiliaires de vie sociale,
00:01:07des assistantes maternelles, des intérimaires. Et finalement, moi, je dois dire que j'ai la manie de suivre le parcours d'Emmanuel Macron
00:01:15depuis qu'il est secrétaire général de l'Élysée. Donc ça fait maintenant plusieurs années, depuis 2012, et d'accumuler de la documentation sur lui.
00:01:23Et en réfléchissant à son parcours, on voit que, finalement, à aucun moment, il n'a eu une relation avec les gens, avec le peuple,
00:01:32avec les intérimaires. Il a eu en permanence une relation avec l'oligarchie. Il a été élevé dans l'entre-soi bourgeois.
00:01:39Et je dirais que les grilles du lycée La Providence, derrière lesquelles moi aussi j'ai grandi, il ne les a jamais franchies.
00:01:46Il est toujours resté protégé par des institutions. Ça aurait été protégé par le lycée Henri IV, puis Sciences Po, puis l'ENA,
00:01:54puis la commission Attali, puis le secrétariat général de l'Élysée. Il y a eu la banque Rothschild auparavant, le ministère de l'Économie,
00:02:05retour à l'Élysée comme président. Et finalement, je dirais même à l'inverse des gens qui s'élèvent d'habitude de devenir
00:02:14président de la République. En effet, on disait qu'il y avait un certain cursus honorarum qui faisait qu'on avait été maire,
00:02:19on avait été député, on avait eu un certain nombre de fonctions comme ça, qui, même quand on était bourgeois,
00:02:23construisaient à travers les permanences parlementaires ou à travers les offices HLM, un certain nombre de choses comme ça,
00:02:30une relation avec les gens normaux. Et Emmanuel Macron n'a jamais eu ça. Et finalement, même, on regarde, son art, c'est un art de la séduction.
00:02:38Je crois que c'est Emmanuel Carrère, le grand romancier, qui dit que suivant Emmanuel Macron, qui lui fait des clins d'œil,
00:02:44Emmanuel Macron saurait séduire une chaise. Et c'est vrai qu'il a une capacité à séduire qui est indubitable. Et il a successivement séduit
00:02:53toutes les personnes dans l'oligarchie dont il se disait « Elles pourront me rendre service ». Il a eu sur 20 ans une stratégie de séduction de l'oligarchie.
00:03:01C'est vrai que vous avez tous les deux grandi du côté d'Amiens. Mais finalement, vous n'êtes pas connus dans la sphère scolaire.
00:03:06C'est-à-dire qu'il y avait quelques années d'écart entre Emmanuel Macron et vous.
00:03:10Il y avait deux ans d'écart. Donc jamais je n'ai rencontré Emmanuel Macron à ce moment-là. La première fois que je l'ai rencontré,
00:03:16c'est quand il était ministre de l'Économie. Et j'étais arrivé sur une société qui s'appelait Ecopla à Saint-Vincent-de-Mercuse, dans l'Isère,
00:03:24dans la vallée du Grésivaudan, près de Grenoble. Et les gars me disaient qu'on était en train de se faire bouffer par notre patron,
00:03:32alors qu'on a un vrai marché. On fait des barquets en aluminium pour l'industrie agroalimentaire. Ça pourrait marcher super bien.
00:03:38Mais on a été repris par un actionnaire qui est en train de nous démolir. On a écrit des tas de courriers au ministère de l'Économie.
00:03:42Il ne nous a jamais répondu. Donc c'était à l'époque Emmanuel Macron. Et puis finalement, il y a un conseiller qui a reçu le patron,
00:03:50mais qui, nous, syndicats, nous, salariés, ne nous a jamais reçus. Et donc finalement, j'aurais dit « Écoutez, tant que vous restez à Saint-Vincent-de-Mercuse,
00:03:56vous n'allez pas vous en sortir. Ce qu'il faut, c'est monter à Paris ». Donc on est monté à Paris. On était voir Macron.
00:04:01C'était au moment où il venait de démissionner du ministère de l'Économie. Donc il était candidat en marche déjà à cette époque-là.
00:04:06Et c'est là qu'a eu lieu ma première rencontre avec Emmanuel Macron sur un mode d'interpellation du candidat en lui demandant
00:04:12« Mais comment ça se fait que vous n'y êtes jamais allé ? ». Finalement, il s'est rendu dans l'usine, ce qui a donné lieu pour Christophe Chevalier,
00:04:18donc le syndicaliste. — Et vous le racontez justement dans votre livre. C'est même des anecdotes sur la machine à café,
00:04:24sur sa façon de voir comment les usines fonctionnent. Vous avez l'impression qu'il ne connaît pas grand-chose, finalement, à ce qu'il voit.
00:04:31— Le sentiment de Christophe, qui est le salarié du point qui tente de monter une société coopérative, c'est qu'il a affaire à quelqu'un qui est
00:04:39complètement déconnecté simplement de la réalité. C'est-à-dire qu'il lui donne un jeton pour utiliser la machine à café.
00:04:44Il sait pas utiliser la machine à café. Il lui propose un T-shirt en lui demandant quelle est sa taille. Il sait pas quelle est la taille.
00:04:50Et puis il visite l'usine. Et Macron demande qu'est-ce que c'est, ça, comme machine. C'est un tour pour tourneur-fraiseur.
00:04:57Et il sait pas reconnaître un tour, ce qui, pour Christophe, est vraiment le comble, quoi, parce qu'il a cette culture industrielle.
00:05:03Mais surtout, c'est le moment où au ministère de l'Économie, quand on lit le livre de Christian Eckert, qui était le collègue
00:05:10socialiste d'Emmanuel Macron en tant que ministre du Budget à Bercy, on voit qu'à ce moment-là, que fait Emmanuel Macron ?
00:05:17Il concentre toute son énergie dans une stratégie toujours de séduction de l'oligarchie. Et il produit des dîners,
00:05:26deux dîners par soir au ministère de l'Économie avec des gens très célèbres, des Cyril Heldin, des Bernard-Henri Lévy,
00:05:33des Dominique Strauss-Kahn. Bref, c'est une stratégie de tisser sa toile d'araignée pendant le temps où il aurait dû se mettre
00:05:38au service du pays. Et Christian Eckert a cette formule en disant que c'est plus chic d'aller à Las Vegas et faire la French deck,
00:05:46payée par les contribuables, ou de se faire payer des dîners pour construire son parti que d'intervenir pour une fonderie d'aluminium.
00:05:54Donc voilà, dans ce temps où les salariés d'Ecopla sont en train de crever la gueule ouverte, on a un ministre de l'Économie
00:06:01qui, lui, fraye avec le GOTA en de multiples dîners mondains. Et ça a été le cœur de son activité.
00:06:08Ça, c'est quelque chose que je démontre dans mon livre. — Vous évoquez dans votre livre, justement, le fait que
00:06:13l'Emmanuel Macron, ministre de l'Économie, durant les derniers mois avant sa démission, c'était en fin août 2016,
00:06:20il y a beaucoup de temps de réception de personnes. Pour vous, ce temps, il est utilisé pour créer En Marche ?
00:06:28— En l'occurrence, c'est pas moi qui le lis, c'est Christian Ricard. Je veux dire c'est l'évidence même que toute son énergie
00:06:33est canalisée là-dedans, mais aussi l'argent public est canalisé là-dedans. Il a quasiment bouffé l'intégralité du budget du ministère
00:06:41à ce moment-là en 8 mois parce qu'il faisait des doubles dîners et ainsi de suite. Donc il a mis toute son énergie là-dedans.
00:06:46Mais même quand il était ministre de l'Économie, là, on l'apprend dans une petite biographie qui est plutôt glamour
00:06:51qui s'appelle Les Macron. On apprend que par exemple, Emmanuel Macron mangeait une fois par semaine chez Bernard Arnault,
00:07:00qui est l'homme le plus riche de France, le patron de LVMH, du groupe Carrefour et surtout des éco et du parisien.
00:07:05Je veux dire c'est quand même pas rien de se dire que le ministre de l'Économie socialiste, enfin d'un gouvernement socialiste
00:07:13avec beaucoup de guillemets, de parenthèses, mais quand même, dîne une fois par semaine chez la principale fortune de France.
00:07:20C'est une relation là qui est établie avec l'oligarchie. Je démontre qu'il y a des services rendus à La Gardère,
00:07:27il y a des services rendus à Bolloré, il y a une relation de copains, c'est décrit comme tel avec Xavier Niel,
00:07:33il y a la même chose avec Bernard Mohade qui est le bras droit de Patrick Drahi, des services rendus également à Patrick Drahi.
00:07:40Bref, Martin Bouygues aussi, on a cumulé des liens qui sont construits, soit par des services rendus avec de l'argent public,
00:07:51soit par des relations régulières, et généralement les deux, qui font qu'il devient le jockey de l'oligarchie,
00:08:01et en particulier des patrons de presse. C'est une stratégie dirigée très directement vers les patrons de presse,
00:08:07qui vont décider de miser sur le jockey Emmanuel Macron, lui prêter le meilleur cheval, de lui proposer des unes de magazine,
00:08:15de lui offrir des entretiens, de lui accorder des reportages réguliers, et ainsi de suite.
00:08:24C'est d'ailleurs François Bayrou, qui n'est pas le plus gauchiste en la matière, qui parle d'une opération Macron.
00:08:31Il dit que les grands intérêts financiers se sont ligués pour mener une opération, c'est l'opération Macron,
00:08:36et lui regrettait à l'époque, c'était avant qu'il se mette en cheville lui-même avec Emmanuel Macron,
00:08:41il regrettait que l'État soit mis au service. En fait, il disait que c'était les intérêts économiques qui, maintenant,
00:08:52prenaient le pas directement sur le pouvoir politique. C'est ce qu'on voit se mettre en œuvre avec Emmanuel Macron.
00:08:58Et c'est pareil que vous faites presque tout au long du livre, dans la construction du personnage d'Emmanuel Macron,
00:09:03de son enfance, mais son adolescence, jusqu'au fait qu'il donnait une présidence de la République.
00:09:07C'est ces liens que vous établissez entre des personnes fortunées, d'influence, et qui ont aussi une importance dans le paysage médiatique.
00:09:14En fait, j'écris, je pense, une espèce de biographie non autorisée d'Emmanuel Macron, reprenant étape par étape son cursus,
00:09:22et traçant. Mais je n'invente rien. Je lis les pages. Mais par exemple, en espérant en permanence qu'il va établir une relation
00:09:33avec les gens que moi, je croise depuis 20 ans, que je suis reporter à Fatir. Donc les pays qui galèrent au secours populaire,
00:09:41les auxiliaires de vie sociale, les assistantes maternelles, Zoubir, qui travaille sur le chantier d'insertion de la citadelle d'Amiens.
00:09:47Je me demande, je me dis, mais quand est-ce qu'il les rencontre ? Quand est-ce qu'il les reçoit ? Quand est-ce qu'il comprend ce que ça veut dire
00:09:53le surendettement ? Quand est-ce qu'il comprend ce que ça veut dire boucler un budget avec le SMIC ou avec le RSA ?
00:09:59Quand est-ce qu'il comprend ce que signifie 5 euros d'APL ? Voilà. Et en montrant que finalement, dans son parcours, il ne peut pas comprendre ça
00:10:08parce qu'il n'y a aucun moment où il est en symbiose, en empathie avec les gens, avec le peuple, avec les classes populaires,
00:10:15avec les ouvriers, les employés, les chômeurs, les retraités à bas revenu. Par exemple, quand il est à la préfecture de Beauvais, dans l'Oise,
00:10:24je ne sais pas, j'ai un espèce d'espoir. Il est stagiaire à l'ENA. Il fait son stage à la préfectorale, qui est un stage traditionnel.
00:10:30Et je me dis, bon, à ce moment-là, peut-être qu'il va nouer une relation avec les gens dans des commissions de surendettement.
00:10:37Il va y avoir quelqu'un qui va venir l'interpeller sur un sujet. Il va sortir en boîte de nuit avec il ou elle.
00:10:44Et puis ça va devenir une amitié. Ainsi, il aura une intuition du populaire. Et qu'est-ce qu'il rencontre ? Il rencontre Henri Hermant,
00:10:52qui est un grand patron de la grande distribution, qui va tomber amoureux au sens paternel d'Emmanuel Macron et qui va miser sur lui,
00:11:02qui va lui donner tous les moyens de pénétrer les cercles de la gauche chrétienne. Jusqu'à la fin de sa vie, il va l'aider,
00:11:11y compris financièrement, en payant son mariage, en finançant ses vacances à Marrakech et ainsi de suite. Et Emmanuel Macron,
00:11:18c'est dit dans un papier du monde, voit bien tout l'intérêt, mais y compris l'intérêt matériel qu'il a à devenir ami avec Henri Hermant.
00:11:25Donc il y a une vraie stratégie, là, de construction de sa carrière grâce à des amitiés intéressées.
00:11:33— Vous parlez de biographie, d'en autoriser. Comment vous avez pris contact avec certaines personnes ? Comment vous avez construit...
00:11:39— Non, je dois dire que... — Vous avez pris des citations. — Ouais. Je dois dire que... Vous savez, moi, je pense... Ouais, je vais me la raconter, mais je m'en fous.
00:11:46Non, je pense que j'écris une pièce littéraire, quelque part. Donc il y a une énorme documentation, parce que ça fait des années que je cumule la doc sur Emmanuel Macron.
00:12:01Et après, il y a une espèce de... Je sais pas. J'essaye de me laisser aller et d'imaginer ce que c'est d'être dans la psychologie d'Emmanuel Macron.
00:12:12Qu'est-ce que ça veut dire d'avoir été à La Providence, à Henri IV, à Sciences Po, à l'ENA ? Qu'est-ce que ça veut dire d'avoir été
00:12:20adolescent, adulé par tout le monde dans son entourage, par ses compagnons au lycée, par ses enseignants, d'être adulé comme ça en permanence ?
00:12:33J'essaye de me mettre à sa place et d'écrire le récit de « Destin croisé » avec ce troisième personnage central, à mon avis,
00:12:40qui sont les gens, qui sont les Français, qui sont les gens que je rencontre et qui ne rencontrent pas, quoi.
00:12:44— Et puis vous faites le parallèle avec votre vie à vous. C'est-à-dire d'un côté, vous faites le portrait d'un Emmanuel Macron à qui tout réussit,
00:12:51tout le monde tombe déjà autour de lui très vite, très jeune. Et puis d'un autre côté, vous, on a l'impression que c'est beaucoup plus compliqué.
00:12:56On parle même de termes dépressifs. C'est des termes assez forts. On a l'impression qu'il y a vraiment deux trajectoires différentes à ce moment-là.
00:13:04— Encore maintenant. Et ça, c'est pour le moins qu'on puisse dire. Mais c'est évident que moi, j'ai un sentiment de médiocrité régulier,
00:13:13en particulier à l'adolescence. Et je me demande si je vais m'en sortir un jour du sentiment d'être nul, d'être une merde, de pas trouver son chemin.
00:13:22Où est-ce qu'on va être valorisés ? Est-ce qu'il y a des gens qui vont nous aimer ? Enfin tu vois, je sais pas.
00:13:28Je pense qu'il y a plein de jeunes qui traversent cette phase-là. Et il y a des gens qui, malheureusement, y restent. Mais...
00:13:34— Et comment on passe au-dessus pour vous ? — Alors moi, je vais d'abord dire ce que ça apporte, parce que je pense que ça lui manque à Emmanuel Macron.
00:13:41— C'est-à-dire que pour vous, c'est important de connaître ses difficultés, de se sentir médiocre, nul ?
00:13:47Et c'est important de s'en souvenir. Enfin tu vois, de savoir ce que c'est d'être fragile, de pas croire qu'il suffit de traverser la rue.
00:13:58« Si on veut, on peut. Tu peux gagner. On est des winners. » Non, c'est pas vrai. Il y a une fragilité dans le cœur de l'homme.
00:14:06Moi, j'ai une fragilité en moi. Tu vois, il y a des failles. Je sais que je peux chuter. Et ça me donne la possibilité, par l'empathie,
00:14:15de comprendre ce que les gens vivent au-delà de la situation matérielle, la difficulté à remplir un frigo.
00:14:20Mais quand on se sent pas bien dans sa peau, quand on se demande si on va trouver une place dans la société,
00:14:26qu'est-ce que ça veut dire que d'arriver dans une agence d'intérim et de se faire jeter quasiment son CV ou de reposer le CV sur la table,
00:14:33un CV qui est à moitié vide parce que t'as 20 ans, que, en effet, tes stages, t'as du mal à déjà en trouver alors que tu veux trouver du boulot...
00:14:39Bon, il faut réussir à se mettre à la place du mec qui vit ça, quoi, et se voir ce qu'il peut y avoir comme violence en face.
00:14:46Et ce qu'on ressent dans tous les propos d'Emmanuel Macron, dans cette arrogance qu'il perce quand même régulièrement,
00:14:54c'est qu'il y a une incapacité de se mettre à la place de l'autre. Il arrive à se mettre à la place des gens qui ont l'impôt de solidarité
00:15:00sur la fortune à payer ou qui avaient l'impôt de solidarité sur la fortune à payer. Et voilà, c'est une calamité pour eux.
00:15:06C'est bien difficile à vivre et tout ça. Il arrive à compatir avec ça. Il n'arrive pas à compatir vraiment puissamment
00:15:14avec des gens qui sont dans la galère matérielle mais aussi dans la galère spirituelle, qui doutent d'eux-mêmes, tu vois.
00:15:22Et je pense que... Moi, j'ai eu une longue traversée du désert, on peut dire, mais elle m'a nourri.
00:15:28Et je dirais une autre différence. Je pense que c'est ce qui peut, dans le livre, faire le plus mal à Emmanuel Macron.
00:15:34C'est... Je le revendique. J'ai une œuvre. J'ai une œuvre, tu vois. Moi, je place l'art au-dessus du pouvoir.
00:15:44Et quand j'étais adolescent, il y avait un portrait de Cavana dans ma chambre. Il y avait une citation de Desproges.
00:15:53Il y avait des dessins de Wolinsky. Il y avait une photo de Renaud. Il y avait la photo de Brel Brassens-Ferré.
00:16:00Il y avait un portrait de Kundera. Et j'aurais voulu être un artiste. Et j'ai la chance... Je me la raconte, mais je m'en fous.
00:16:08J'ai la chance d'être devenu un artiste, un artiste qui fait de la politique. Mais je suis un artiste. Je fais des films.
00:16:13J'ai fait des émissions de radio. Je produis des livres. Et je ne construis pas... Je ne produis pas juste du reportage.
00:16:19Je les écris. J'essaye d'avoir une langue, de choisir mes mots. Ça ne veut pas dire que c'est parfait.
00:16:24C'est un livre qui, là pour le coup, est écrit très rapidement. Mais c'est en tant qu'écrivain que je le fais.
00:16:31Mais ces sentiments qui étaient les vôtres à l'époque, justement, très, on va dire, critiques à votre rencontre,
00:16:38ou d'un état d'esprit dépressif, etc., comment vous l'avez surmonté ? Est-ce qu'aujourd'hui, vous avez encore des symptômes de l'époque ?
00:16:47Oui. Évidemment. Et je dirais, je m'applique à les avoir par moments. Je m'applique à me souvenir l'homme fragile.
00:16:55Ce n'est pas fragile, je suis toujours. Mais l'homme qui n'avait pas de valeur dans la société, qui n'était reconnu par personne.
00:17:03Là, c'est vrai que je viens de... Tu vois, je suis entre la bouche de métro ici. Je ne vais pas me la raconter.
00:17:07Mais il y a deux personnes qui m'ont salué sur le trottoir. Et le mec qui passe sa vélo, qui m'a dit « Ah, Ruffin ! »
00:17:11Tu vois. Bon, tant mieux. Ça fait du bien. Tu vois, une reconnaissance. Je pense que la reconnaissance, il faudrait étudier ça.
00:17:16Mais ça produit juste la reconnaissance par les autres. Tu vois. C'est la principale cam.
00:17:22C'est du bien ? Oui, c'est évident. C'est évident. Je pense que même, il doit y avoir des hormones de la reconnaissance.
00:17:27Est-ce que ce n'est pas l'ego, finalement ? Oui. Mais moi, je suis... L'ego... Moi, j'ai toujours... J'ai de l'ego, j'ai de l'orgueil, j'ai de l'ambition.
00:17:34J'espère et je pense que c'est une ambition buissonnière qui n'est pas l'ambition autoroutière normale.
00:17:40Mais j'ai de l'ambition. Je veux dire, tu ne fais pas des films comme je fais. Tu ne portes pas un truc, un journal pendant 20 ans comme je l'ai fait.
00:17:47Si tu n'as pas de l'orgueil, de l'ambition et de l'ego, c'est évident. Donc après, c'est à quoi tu le mets ? Au service de quoi tu le mets ?
00:17:54Est-ce que c'est juste une ambition normée du parcours où tu grimpes, tu vois, des strates les unes après les autres ?
00:18:04Alors, tu me demandais quand même comment je l'ai surmonté. D'abord, j'ai beaucoup travaillé quand même. J'ai énormément écrit. Je pense que j'ai écrit plusieurs milliers de pages qui n'ont pas été publiées.
00:18:15Donc, j'ai travaillé une langue. Et puis, j'ai eu la chance par le même éditeur d'avoir mon premier livre « Les petits soldats du journaliste » qui a été publié, qui a rencontré un certain succès.
00:18:25Mais je crois que je m'en suis sorti par les gens. Il y a une scène du « La vie est belle » de Capra que je cite pas dans le livre. Dans « La vie est belle », le héros, c'est un banquier, mais un banquier honnête.
00:18:40Donc un banquier ruiné. Film de Capra. Et un soir, comme il est ruiné, sa femme le quitte. Il bourre la gueule au bistrot. Il construit sa voiture.
00:18:56Il envoie sa voiture dans un arbre et il a envie de se suicider. Il grimpe sur un pont et il est prêt à plonger dans la mer ou la rivière en dessous. Et là, il y a son ange qui apparaît. C'est un ange de troisième classe qui n'a pas encore les ailes parce qu'il n'a jamais réussi à sauver personne.
00:19:13Et là, l'ange, il plonge dans l'eau. À ce moment-là, le banquier, qu'est-ce qu'il fait ? Il saute aussi. Et il ramène l'ange sur la rive. Et l'ange lui dit « Ah, t'as vu ? Je t'ai bien sauvé ». Le héros, il dit « Non mais attends, tu racontes n'importe quoi. C'est moi qui viens de te sauver ».
00:19:28Et là, l'ange dit « Non, non. Je t'ai sauvé en me laissant me sauver. Et je crois que moi, ce qui m'a sauvé, ce qui me sauve encore, ce sont les gens. Ce sont les gens que j'aide, mais quand tu aides quelqu'un, c'est toi-même que tu aides aussi. Et je crois que profondément, c'est mon rapport aux gens.
00:19:45Je sais que quand je ne vais pas bien, tu tends à te replier comme une tortue dans sa carapace. Et moi, il faut trouver le moment où tu vas quand même réussir à sortir de toi et sortir de chez toi et aller rencontrer des gens qui vont te rencontrer leur histoire. Tu vas essayer de t'y mêler. Et c'est ça qui va me sauver. Et c'est comme ça que je me sauve depuis 20 ans.
00:20:08Vous avez parlé de l'ambition aussi quelque part. Il y en a beaucoup dans les commentaires qui parlent de votre avenir à plus long terme. Je sais que notamment à la fin du livre, vous avez parlé des droits du livre, d'un projet pour préparer autre chose. Il y en a certains qui vous voient pourquoi pas être une alternative à gauche même pour 2022. Parlons loin, mais qu'est-ce que vous en pensez franchement ? Est-ce que ça peut être une possibilité ?
00:20:30En tout cas, cette obsession, je vis aujourd'hui. Je vis et je publie ce livre maintenant et je fais Je veux du soleil maintenant et je le diffuse maintenant parce que je veux qu'il y ait des choses qui arrivent maintenant. Je suis plus un homme de mouvement social et j'aimerais que le 17 novembre qu'on a eu cet automne, il recommence ce printemps.
00:20:52J'espère que mon nom restera dans l'histoire de la gauche pour dire les choses comme ça. C'est fait partie de mon orgueil, mon ambition qu'il y reste par des livres, par des films, qu'il y reste aussi par la création de mouvement social. Et si jamais il pouvait y avoir un immense boom ce printemps, c'est le truc qui me rendrait le plus heureux.
00:21:12Est-ce que député, finalement, ce n'est pas un rang peut-être pas assez élevé pour pouvoir faire bouger les choses ?
00:21:22Je savais que ce que j'aurais comme possibilité comme député, c'est un rôle de tribune. Je savais que ce n'est pas l'action législative. De toute façon, il faut que tout le monde le sache. Ce n'est pas à l'Assemblée que se fait la loi. C'est du bidon. La loi, c'est les désirs du président. C'est construit techniquement par les ministères et c'est validé par l'Assemblée.
00:21:49Mais c'est un rôle de validation de la loi. Je savais très bien que ça ne serait pas là-dessus. Si je passe un amendement ou cinq amendements dans la totalité de mon mandat, ça sera le mieux. Mais je l'ai dit d'emblée à mes électeurs dans ma circonscription, je leur ai dit, je ne vous promets pas la lune, je vous promets qu'un truc, je ne courberai pas les Chines.
00:22:07C'est plus une visibilité. Oui, c'est sûr. C'est une visibilité. Je ne courberai pas les Chines. C'est espérer un phénomène de contagion qu'en se disant bon, Ruffin, il a fait ça. Il y a un style. Je pense que je suis en train de proposer un style. Ce n'est pas dire qu'il n'y aura pas d'autre style. Il y a un style. Le style, c'est l'homme. Il y a un style.
00:22:28Peut-être qu'il y aura d'autres personnes qui auront envie de bouleverser cette assemblée ou d'autres assemblées ou de s'impliquer politiquement parce que j'aurais produit une contagion, une espèce de libération, tu vois, libération de la parole. La manière dont je parle, je pense que ça s'entend aussi. Je ne veux pas. Mais c'est ce qu'on fait. Je n'ai pas appris à faire de la langue de bois et je n'ai pas envie d'apprendre, même si ça me vaut pas mal de désagréments.
00:22:51Justement, sans langue de bois, ça ne veut pas dire justement par rapport à toute l'ambition qu'est la vôtre aujourd'hui. Justement, c'est de faire bouger les choses dans le pays. Ce n'est pas finalement d'être président de la République.
00:22:59Non, moi, en tout cas, je sais qu'aujourd'hui, je ne veux pas de ce président, mais je ne veux pas de président.
00:23:06Vous ne voudrez pas avoir sa place aujourd'hui ?
00:23:08Non, je ne veux pas sa place. Tu sais, je pense que pour parler de Mélenchon ou de Macron, deux hommes pour lesquels je n'ai pas du tout la même estime. Je ne sais pas si ça va se faire, à mon avis, question, mais je n'en vis pas leur place.
00:23:20Je veux dire, il faut voir que le pouvoir, c'est quelque chose qui enferme. Moi, je le vis déjà comme député. Tu vois, j'ai moins de temps à consacrer aux gens, sans parler de mes enfants.
00:23:29J'ai moins de temps à consacrer aux gens. Et c'est l'espèce d'échappée que j'arrive à faire. Alors hier, je suis allé voir les Restos du cœur à Vignacourt.
00:23:40Et puis après, je suis allé re-rencontrer Katia pour qu'elle me raconte comment ça s'était passé, sa séparation. Parce que ce n'est pas vrai que tout est fait du côté des forces de police, des assistantes sociales,
00:23:51de toutes les institutions pour permettre aux femmes qui sont mal et qui sont mal y compris en prenant des coups leurs enfants pour se séparer de leur mari.
00:23:58Enfin, ce schisme entre la réalité et la théorie de Marlène Schiappa dans l'hémicycle. Donc voilà. Et je fais Jouer du soleil en six jours dans une espèce de brèche que j'ouvre dans mon agenda.
00:24:11Donc je vois déjà comment ça me renferme. L'administère, c'est encore des murs qui sont plus épais avec les gens, tu vois. Et donc, c'est comment tu...
00:24:23– T'es en dehors d'un groupe parlementaire comme Jean-Luc Mélenchon ou d'un... ?
00:24:27– Non. Mais tu sais, j'en vis pas du tout, Jean-Luc. J'ai dit pour rire, mais enfin, c'est pas tant pour rire que ça. J'espère qu'il va pas me piquer ma place.
00:24:36Parce que moi, j'arrive à jouir d'une immense liberté, tu vois, quand même. Tu vois, là, je disparais pendant trois mois. Zéro média. J'ai continué mon travail quand même dans l'hémicycle.
00:24:51Un peu en retrait, il faut le dire, mais bon. Mais pour écrire un bouquin, pour faire un film, Jean-Luc Mélenchon, il a pas cette chance. Moi, j'ai cette chance, tu vois.
00:25:00C'est... Je cite dans le livre la fable de La Fontaine « Le loup et le chien ». Moi, j'espère ne pas avoir de collier. Je veux pas de collier.
00:25:10Je veux pouvoir courir, courir et courir encore, quoi.
00:25:13– Parlons justement de... Quand on parle tout à l'heure de cette déconnexion, dans le livre, justement, il y a cette idée par rapport au fin de mois,
00:25:22où vous évoquez le fait qu'Emmanuel Macron l'évoque plusieurs fois. Pour vous, c'est un cliché des années 70.
00:25:28Maintenant, la fin de mois, ça n'existe plus. Elle commence le 9. C'est-à-dire qu'on est dans une situation qui est beaucoup plus préoccupante aujourd'hui
00:25:36qu'elle ne l'était peut-être il y a 30 ou 40 ans. Et puis au-delà de ça, ce problème des fins de mois,
00:25:40je sais que vous l'avez beaucoup illustré dans votre livre, justement, de par ses situations personnelles,
00:25:44de par ses personnes qui ont des très faibles ressources et qui sont peut-être aussi à l'image de ce qu'on peut voir au sein du mouvement des Gilets jaunes actuellement.
00:25:51C'est vrai que quand Macron fait son discours, tu vois, c'est le 9 décembre, je crois, avec les mains comme ça, un peu statut-cire au musée Grévin.
00:26:01Tu te souviens ? On voit qu'à un moment, il essaie de dire « Je les ai vus, ces femmes de courage sur les ronds-points qui peinent à finir leur mois ».
00:26:11Il y a un côté... On sent que ce n'est pas vécu, que ce n'est pas habité chez lui, que ces éléments de langage, il faut le mettre dedans.
00:26:18Il ne les a pas tellement vus sur les ronds-points, ces femmes de courage. Bon, voilà.
00:26:22Et c'est vrai que moi, je n'ai pas entendu, pendant ma traversée de la France, les fins de mois, parce qu'on est passé à autre chose, tu vois.
00:26:29On est passé que le 15 du mois, c'est déjà la galère. Le 9 du mois, c'est déjà la galère. La situation, elle s'est durcie par rapport à...
00:26:36Et ça s'est massifié. Juste dire pourquoi j'ai, moi, aussitôt accroché au mouvement des Gilets jaunes.
00:26:45Bon, d'abord, parce qu'il y a un côté barré. Non, un côté inattendu, tu vois. Ça sort du cadre.
00:26:52C'est un truc qui se lance sur Facebook. Les gens, ils décident de revêtir des chiasubles jaunes, d'aller occuper des ronds-points,
00:26:59de ne pas quitter le truc le samedi soir, d'aller sur les Champs-Élysées. Bon, c'est un truc barré.
00:27:04Et donc, c'est vrai qu'il y a pas mal de gens à gauche dans les syndicats et tout ça. Si ça sort du cadre, ça ne va pas.
00:27:08Moi, je dois dire que c'est parce que ça sort du cadre que ça me va. Donc il y avait déjà une espèce d'esthétique qui me plaisait.
00:27:14Mais surtout, tu sais, les gens que j'ai croisés là, ce sont les mêmes que j'ai vus pendant 20 ans.
00:27:22Sauf que pendant 20 ans, ça se chuchotait dans leur cuisine, le frigo à moitié vide, la peine à mettre son enfant en centre de vacances
00:27:33parce qu'on n'a pas les ronds à payer à la mairie, l'impossibilité de partir en vacances, bref, la difficulté à accéder
00:27:38à une espèce de bonheur conforme. Et ça se chuchotait avec honte. Et le mouvement des Gilets jaunes, pour moi,
00:27:43c'est ce temps où on passe de la honte privée à la colère publique. Et moi, quand je voyais les gens chez eux,
00:27:50il fallait changer leur prénom ou alors mettre des initiales. Il ne fallait surtout pas prendre de photos,
00:27:54encore moins filmer. Et là, ça a été le moment du grand déballage où sur les ronds-points, on venait passer,
00:28:00je le dis, de la honte privée à la colère publique. On venait passer du silence à la revendication.
00:28:06On venait passer de l'invisibilité à l'hypervisibilité avec un gilet jaune fluorescent.
00:28:11Donc c'était ce temps où on sortait de chez soi et on sortait de soi aussi. Un temps de libération de la parole.
00:28:17Donc c'est vrai que moi, j'ai trouvé ça extraordinaire. Et c'est pour ça que j'ai voulu aussitôt arriver avec...
00:28:24Moi, c'était un stylo. Mais Gilles Perret, vous voulez la caméra ? C'est Gilles qui a voulu le film.
00:28:28Avec un espèce de sismographe de ça. Donc c'est pour ça que je pense qu'on a vécu un moment extraordinaire
00:28:34dans notre histoire de France qui continue, dont j'espère qu'il va y avoir une résurgence importante ce printemps
00:28:39et qu'à nouveau on va voir ce qui était des isolés, c'est-à-dire les auxiliaires de vie sociale, les auto-entrepreneurs,
00:28:44les assistantes maternelles, les personnes handicapées, toutes ces gens que d'habitude on ne voit jamais
00:28:50qui se mettent à venir ensemble sur les ronds-points. C'était très beau.
00:28:55C'est vrai que vous l'évoquez aussi dans votre livre par rapport à la confiscation de la parole médiatique
00:28:58où vous évoquez le fait que c'était plus des gens riches, fortunés, qui avaient un temps d'antenne.
00:29:03Vous avez pris l'exemple notamment avec France Inter. Comment ça se fait que d'un seul coup ce mur s'est franchi ?
00:29:11Personne n'avait vu venir finalement ce qui s'est passé, non ? On a l'impression que même d'un point de vue politique,
00:29:16même ceux qui sont sur le terrain aujourd'hui, qui suivent ces mouvements sociaux, n'ont pas vu venir ce mouvement des gilets jaunes
00:29:22et cette récupération de la parole médiatique qui était, vous en faites état dans votre livre,
00:29:27avec peut-être un temps de parole de 5 à 10 % d'un point de vue général.
00:29:31J'ai posé la question ce matin, puisqu'il y a une étude du CSA, du Conseil supérieur de l'audiovisuel, qui vient d'être rendue
00:29:36et qui dit que les CSP+, dans les informations, ont 88 % du temps d'antenne.
00:29:44Ça veut dire qu'il reste 12 % pour les retraités, les chômeurs, les ouvriers et les employés, c'est-à-dire pour l'immense majorité du pays.
00:29:51Les gilets jaunes ont été ce temps extraordinaire aussi, où ils se retrouvent sur les plateaux télé pour des mauvaises raisons aussi,
00:29:59c'est-à-dire que ça fait l'audimat. BFM s'est rendu compte que quand il y avait des gens normaux qui apparaissaient,
00:30:03finalement, les représentants ordinaires qui arrivent avec leur langue toute faite, ou les experts,
00:30:09à un moment, ça fait suer les gens. Et entendre des gens qui ont un langage beaucoup plus normal,
00:30:14qui parlent de comment ils vivent dans l'hôpital, du camion qu'ils conduisent, de leur frigo,
00:30:18finalement, cet ordinaire-là, il fait de l'audimat. Donc quelque part, pour de mauvaises raisons,
00:30:23il y a eu une forte présence des gilets jaunes cet automne. Après, pourquoi il y a eu les gilets jaunes ?
00:30:28Moi, je me souviens que j'avais lu le bouquin de David Dufresne qui s'appelait, je crois, « Deux heures avec Brel ».
00:30:35Je suis un fan de Jacques Brel. Donc il a écrit un livre sur Vezoul, en fait.
00:30:40C'est « Est-ce que Brel est allé à Vezoul ? Est-ce qu'il n'est pas allé à Vezoul ? »
00:30:43Comment il a eu l'idée de chanter Vezoul ? Bon, et en fait, je pense que quelque part,
00:30:48il y avait déjà un portrait de la France qui allait devenir gilet jaune. Mais surtout, à l'intérieur,
00:30:52il avait cette phrase « Comment un président peut-il parler aux pauvres d'un pognon de dingue
00:30:59sans rendre les pauvres dingues ? » Mais finalement, si quand même, il les a rendus dingues.
00:31:04Le point de départ des gilets jaunes, je veux dire, c'est Macron démission.
00:31:07C'est quand même que ça a été le grand fédérateur de l'automne. Parce qu'il a ajouté l'injustice.
00:31:14Je veux dire, comment ne pas voir la violence quand on décide de supprimer l'impôt de solidarité
00:31:22de la fortune, 5 milliards d'euros pour les plus riches de ce pays qui ont vu leur fortune
00:31:26multipliée par 7 en 20 ans, qui vont quand même plutôt bien, et de l'autre côté,
00:31:31aller gratter 5 euros d'APL, aller supprimer les contrats aidés, aller imposer de la CSG aux retraités.
00:31:36Bon, il y a une évidence de l'injustice. C'est tellement criant. Et ça, fait avec arrogance
00:31:41sur le thème « les gens qui ne sont rien », « les Gaulois réfractaires », et puis tout ça.
00:31:45À un moment, c'est au-delà de la difficulté à vivre, c'est une forme de dignité qui est blessée
00:31:51chez les gens. Ils réclament le respect. « Respectez-nous, au moins. Vous êtes notre président, respectez-nous. »
00:31:58Et je pense que c'est ça qui était un déclencheur. Donc c'est parti sur le gasoil.
00:32:03Mais moi, dès le 17 novembre, on voyait que c'était pas le gasoil, c'était le social,
00:32:07de manière beaucoup plus générale. Après, moi, ce que je regrette dans tout ça,
00:32:11c'est la destruction des ronds-points. – Il y a eu l'ordre à partir de fin décembre
00:32:16d'évacuer les ronds-points. – Je pense que c'est catastrophique.
00:32:19Du point de vue du pouvoir, il a raison, le pouvoir, parce qu'en fin de compte,
00:32:23c'était le lieu où se retissaient du lien. Les gens, ils venaient là pour revendiquer,
00:32:28pour distribuer les papiers, pour bloquer un peu. Mais ils venaient aussi pour se retrouver,
00:32:33pour partager un café, parce qu'ils en avaient marre, on le raconte,
00:32:37d'être devant leur télé ou devant leur console de jeux vidéo tout seuls.
00:32:42Et donc c'était le lieu où se construisait le lien. Et le pouvoir a fait le choix,
00:32:47avec des bulldozers et avec les matraques des forces de l'ordre, d'évacuer
00:32:51le mode de protestation le plus pacifique. Et je dirais même enfantin.
00:32:56Construire des cabanes d'embout, aller récupérer les portes à droite et tout ça
00:33:02avec un vrai savoir-faire populaire, aller rajouter une cuisine, enfin voilà,
00:33:06il y avait tout ça. Et ce savoir-faire populaire et enfantin, le pouvoir l'a cassé.
00:33:11Il a cassé le lieu où se reconstruisait le lien. Parce que le pouvoir a raison,
00:33:15c'est que quand les gens se mettent ensemble, quand ils commencent à se parler,
00:33:18quand ils commencent à se rassembler, c'est en effet une menace pour l'ordre.
00:33:21Et donc de ce point de vue-là, il a raison. Maintenant, il ne faut plus qu'il nous parle
00:33:25de retisser du lien social. Tu vois, j'entends les ministres, le président,
00:33:29des sociologues, des économistes, des philosophes dire qu'il faut retisser
00:33:33du lien social. À l'endroit où ce lien se retissait, ils l'ont détruit.
00:33:37Alors moi, quand j'ai lu votre livre, j'ai vu aussi justement le rejet du personnage
00:33:43que vous avez d'Emmanuel Macron. Vous dites même, page 44, c'est physique,
00:33:47c'est viscéral, c'est très mal. Vous avez même honte quelque part.
00:33:51Vous dites, mais voilà, j'ai un rejet physique viscéral du personnage.
00:33:55Et vous pensez qu'il y a des millions de personnes qui le pensent aussi.
00:33:58Pour vous, il y a vraiment, au-delà de ce qu'incarne cette personne,
00:34:02au-delà de ses idées, de ses pensées, il y a aussi quelque chose qui va sur le physique.
00:34:06Oui. Alors, il y a plusieurs choses. D'abord, si on replace le passage
00:34:10dans le contexte général, je dis bien que je ne suis pas fier de cette réflexion-là.
00:34:14Mais comme je suis quelqu'un de sincère, de toute façon, les corps, ils parlent.
00:34:20Mon visage, il est en train de parler. La manière dont mes mains bougent,
00:34:23en train de parler, mon physique parle. On parle, on dégage quelque chose de social
00:34:28au-delà de seuls mots ou des seules idées qu'on prononce.
00:34:32Donc voilà, ce qu'il y a chez Macron, c'est un côté maître de l'univers.
00:34:37J'évoque ce roman de Tolmewolf, Le bûcher des vanités,
00:34:40où les traders de New York ont le sentiment d'être un peu les maîtres de l'univers
00:34:46et ils portent ça dans leur corps. Et je pense qu'il y a un côté comme ça
00:34:50quand on voit Emmanuel Macron sûr de lui en permanence.
00:34:53Quand tu n'es pas sûr de toi, à un moment, ça te...
00:34:56Mais il faut dire aussi que plus loin, je dis, j'ai tort de penser comme ça.
00:35:00Ce sont des a priori. Il ne faut pas penser avec ces a priori-là.
00:35:03Rejetons-les. Donnons-lui sa chance. Voyons bien ce qu'il fera.
00:35:07Et ensuite, les actes traduisent quand même qu'il va constamment se placer
00:35:12du côté de l'oligarchie plutôt que du côté de la démocratie.
00:35:16Après, moi, c'est un livre, je revendique comme étant un ouvrage de littérature,
00:35:21c'est-à-dire où je viens parler franchement de ce que je peux ressentir
00:35:25et qui n'est pas toujours ce qu'il y a de plus glorieux.
00:35:27Mais je pense que tu vois, la manière dont tu t'habilles,
00:35:29le sweat que tu as choisi, ta barbe là aujourd'hui, ton œil qui pétille.
00:35:34Non, mais voilà, ton rire, la manière de rire, tout ça, ça dégage quelque chose
00:35:39qui relève de l'appartenance de classe.
00:35:43Ça ne prend pas, tu vois. Et je pense que, oui, je ne suis pas le seul,
00:35:47mais après, je dis bien, je ne suis pas fier de ce réflexe-là.
00:35:49Et voyons ce qu'il va donner comme à l'époque, à cette époque-là,
00:35:54comme secrétaire général de l'Élysée. Je dis, si ça se trouve, c'est lui
00:35:57qui va être la courroie de transmission et qui va permettre à l'Élysée
00:36:01de faire entrer les Péguis, les Maris, les Zoubires, les Sindis,
00:36:04les auxiliaires de vie sociale, les intérimaires, les amener au président
00:36:07de la République de l'époque, François Hollande, pour qu'il écoute
00:36:10ce que veut le peuple ou bien quelles sont ses souffrances
00:36:13et que c'est par Emmanuel Macron que ça a passé.
00:36:15Ben non, ce n'est pas du tout ça qui se passe.
00:36:17Laurence Parizeau et tous les autres le racontent.
00:36:19Au contraire, il était le canal par lequel tous les dirigeants du CAC 40
00:36:24passaient pour imposer leurs vues, à commencer par le pacte de responsabilité,
00:36:30le Crédit Impôt Compétitivité Emploi. Bref, le fait que Hollande
00:36:34mène une politique de droite sur le plan économique et social,
00:36:37c'est largement dû à Emmanuel Macron.
00:36:39C'est une influence d'Emmanuel Macron qui fait basculer.
00:36:41Non, je veux dire, Hollande, il n'était pas férocement à gauche, c'est clair,
00:36:44mais il est évident qu'à tous les moments, Emmanuel Macron a pesé
00:36:49pour qu'on aille vers plus de libéralisme.
00:36:52Mais au travers du récit que vous faites, on a l'impression qu'Emmanuel Macron
00:36:58finalement était presque déjà semi-président, mais qu'il avait déjà
00:37:02une influence énorme sur la politique du président de l'époque.
00:37:04En tout cas, je pense qu'il avait une influence, oui.
00:37:07C'est à l'oreille, un peu molle, de François Hollande qui avait
00:37:12d'autres personnes. Je veux dire, quand Macron a été remplacé,
00:37:16il a été remplacé par des personnes qui venaient...
00:37:19Il remplaçait quelqu'un qui avait été chez Rothschild aussi.
00:37:21Il a été remplacé par des gens qui venaient, je ne sais plus,
00:37:23chez Merrill Lynch, Barclays ou n'importe, mais enfin, en espèce de fusion
00:37:27de voies de passage en permanence entre les grandes banques
00:37:33et le secrétariat général de l'Elysée ou Bercy.
00:37:38C'est comme s'il y avait un mode d'appartenance de la caste,
00:37:42un peu uniforme, où les banques d'affaires et les dirigeants politiques
00:37:47du pays, qu'ils soient de droite ou de gauche, c'est fusionnel.
00:37:50Vous évoquez la communication du président, le fait justement
00:37:55qu'il ne va pas parler aux gens sans qu'il y ait des caméras ou autre.
00:37:57Dernièrement, il y a une séquence qui a fait beaucoup réagir,
00:38:00c'est celle d'Emmanuel Macron dans « Présent à une maraude ».
00:38:02Alors, on ne l'a pas su tout de suite parce qu'il n'y avait pas de journalistes
00:38:04qui avaient été conviés. Il y a des images qui ont fuité ensuite
00:38:07via une photographe de l'Elysée. Finalement, cette séquence-là,
00:38:10ça vous inspire quoi ?
00:38:12Ce que je dis, Emmanuel Macron grandit, et il grandit politiquement
00:38:20en milieu protégé. Tout son parcours se fait dans des institutions.
00:38:26Il n'y a qu'un seul moment, et c'est un moment important,
00:38:30où il va franchir ça et aller davantage vers les gens,
00:38:33par exemple chez Whirlpool à Amiens.
00:38:36Mais c'est pendant la campagne présidentielle et aujourd'hui
00:38:39comme président de la République.
00:38:40Maintenant, il faut faire attention à ce que dit Emmanuel Macron.
00:38:43Il dit « je vais au contact ». C'est son expression permanente.
00:38:46C'est « au contact, au contact, au contact ».
00:38:48La communication de l'Elysée, elle répète ce « au contact ».
00:38:51Macron lui-même, enfin bon, voilà, c'est l'expression consacrée.
00:38:54Que veut dire « au contact » ?
00:38:56« Au contact », ça veut d'abord dire quelque chose qui est juste
00:38:59la forme la plus primitive, la plus primaire de communication.
00:39:03Je renvoie aux fonctions de Roman Jacobson sur le langage,
00:39:07mais le « contact », c'est « on touche et puis on va ailleurs », quoi.
00:39:11Et similairement, le « contact », ça n'est que le début de l'échange,
00:39:14normalement, et on échange plus longuement ensuite.
00:39:16Mais Emmanuel Macron est quelqu'un qui, quand il va vers les gens,
00:39:19va au contact. C'est bref.
00:39:21Et « au contact », ça peut induire aussi du « heurt ».
00:39:23Il est fier de dire qu'il va finalement, comme un boxeur entre sur le ring,
00:39:28heurter les gens parce qu'il ne faut pas les caresser dans le sens du poil.
00:39:31Voilà son rapport aux gens, et la marode relève de ça.
00:39:34Est-ce que l'une des personnes qu'il a croisées dans la marode
00:39:37va désormais venir toutes les semaines à l'Élysée pour prendre l'apéro avec lui,
00:39:42pour lui expliquer sa vision du monde, les difficultés qu'il a à trouver un logement,
00:39:47pourquoi il ne trouve pas de travail, enfin voilà.
00:39:50Tu vois, le contact s'oppose à la relation à ce moment-là.
00:39:54Et évidemment, autant il est au contact, un peu, parfois, des gens normaux,
00:40:00autant il est en relation, en lien, permanent avec l'oligarchie.
00:40:05Avec Bernard Arnault, avec qui il dîne une fois par semaine,
00:40:08avec Bernard Morad, qui était le bras droit de Patrick Drahi, BFM, RMC,
00:40:15et qui l'appelle « mon lapin », qui lui envoie des textos permanents,
00:40:19avec Xavier Niel qui est son copain, et je ne sais plus,
00:40:22ils dînent ensemble deux fois par semaine,
00:40:24Xavier Niel qui est marié à Delphine Arnault, la fille de Bernard,
00:40:27avec Bernard Arnault, Brigitte Macron a été la prof des enfants de Bernard Arnault,
00:40:34donc on a un milieu comme ça, assez fusionnel,
00:40:37où là, on n'est pas au contact, un petit coup comme ça, avec des tweets qui apparaissent,
00:40:41mais on aimerait qu'il y ait les mêmes photos, les mêmes tweets.
00:40:45Moi, j'ai demandé aujourd'hui, en commission des affaires économiques,
00:40:49sur la loi Pacte, qu'on ait un registre des lobbies,
00:40:52et un registre des visiteurs de l'Élysée.
00:40:55Qu'on sache qui vient rendre visite à Emmanuel Macron, semaine après semaine.
00:40:58Et là, on n'est plus dans le contact, on est dans la relation suivie, dans les liens.
00:41:03Il faut comprendre que pour moi, il faut aller au-delà du…
00:41:07Il est évident qu'il y a eu des services qui ont été rendus à Emmanuel Macron,
00:41:10le plus concret des services, c'est le financement de sa campagne,
00:41:12à coup de chèque de 7500 euros, avec une condition, c'est « enlevez-nous l'ISF ».
00:41:17Mais au-delà de ces services matériels rendus par l'oligarchie,
00:41:21il faut bien voir qu'Emmanuel Macron a construit des liens permanents.
00:41:25Et des liens, ce sont aussi des liens affectifs,
00:41:28mille liens affectifs avec l'oligarchie.
00:41:31Par ses rencontres, par ses dîners, par la fréquentation de cercle,
00:41:35on en nomme un certain nombre, le collège des Bernardins, et ainsi de suite.
00:41:38Et ce milieu-là est ensemble.
00:41:40Et ces mille liens affectifs font que, de toute façon,
00:41:43il serait incapable de mener une politique tirée contre les intérêts de ses proches,
00:41:49du milieu dans lequel il baigne.
00:41:51Il y a une scène dans mon film, dans notre film avec Gilles Perret, « Je vois du soleil »,
00:41:56où j'interroge un maire, je dis « Si j'étais Macron, qu'est-ce que vous me diriez ? »
00:42:00Et le maire me dit « Pourquoi vous avez supprimé l'ISF ? »
00:42:04Les riches, ils ne vous auraient pas embêtés,
00:42:07en tout cas ils vous auraient moins embêtés que les Gilets jaunes.
00:42:09Et c'est un passage, j'ai gardé dans mon film, avec lequel je ne suis pas d'accord.
00:42:12Parce que je pense que foncièrement, les riches, s'ils n'avaient pas supprimé l'ISF,
00:42:17lui auraient fait sans doute beaucoup plus de mal,
00:42:20parce qu'ils sont beaucoup plus proches de lui, parce qu'ils possèdent des médias,
00:42:23parce qu'ils l'encerclent, parce qu'ils le tenaillent,
00:42:25parce que ce sont des relations affectives.
00:42:27Ils lui auraient fait beaucoup plus de mal que les Gilets jaunes,
00:42:29qui sont un peu éloignés, à qui on peut envoyer les policiers,
00:42:32les flashballs, les LBD, les grenades de désencerclement, les bulldozers.
00:42:38Au fond, les Gilets jaunes, qui sont assez lointains d'Emmanuel Macron,
00:42:42ont une capacité de nuisance qui est nettement inférieure à un groupe de 50, 100, 500 personnes
00:42:49qui forment l'entourage le plus proche du chef de l'État.
00:42:51Vous évoquez justement dans ce livre le fait qu'Emmanuel Macron poussait François Hollande vers la droite,
00:42:58que vous dites justement que ça se mérite, la gauche, ce sont des combats et des défaites,
00:43:02il y a même une longue citation qui évoque cela.
00:43:04Finalement, pour vous François Ruffin, qu'est-ce que d'être de gauche aujourd'hui ?
00:43:10Pour moi, c'est être avec les gens, c'est clair.
00:43:12C'est choisir Marie contre Drahi, c'est choisir Cindy contre Bolloré.
00:43:19Pour moi, c'est ça.
00:43:21C'est clair que c'est sur une échelle qui est plus haut-bas,
00:43:23et de tout faire pour que les Maries, les Cindy, les Zubir, ils aient droit au bonheur.
00:43:30Dans ce pays qui n'a jamais été aussi riche, les gens doivent avoir le droit au bonheur.
00:43:36C'est ça pour moi, c'est la continuité du Front Populaire,
00:43:41où on a eu les premiers congés payés.
00:43:43Comment ça se fait que dans notre pays, il y a des gamins qui ne peuvent pas jouer au foot,
00:43:48qui ne peuvent pas aller le samedi après-midi, j'en ai encore rencontré.
00:43:51On me racontait ça, j'étais à Marseille,
00:43:54on me raconte que j'avais trois gamins en face de moi des quartiers nord de Marseille,
00:43:59ils n'ont pas de club pour jouer au foot, ils n'ont pas de pognon,
00:44:05ils n'ont pas de piscine, ils installent une piscine sur le terrain de foot l'été,
00:44:10qui est une espèce de piscine gonflable.
00:44:13Voilà mon engagement, tu sais.
00:44:15Moi, je suis assez mauvais sur le plan théorique.
00:44:18Sur le plan abstrait, par exemple, c'est quelque chose qui, je pense, nous complète,
00:44:22entre Jean-Luc Mélenchon et moi.
00:44:24Jean-Luc Mélenchon, qui a une formation de philosophe, parle pas mal de la théorie,
00:44:28et il aboutit aux situations concrètes.
00:44:31Et moi, c'est l'inverse, j'ai une très faible capacité d'abstraction.
00:44:35Je me considère pas comme quelqu'un d'intelligent,
00:44:37parce que je sais qu'au lycée, à partir du moment où ça devenait des idées un peu abstraites,
00:44:42je décrochais, tu vois.
00:44:44Mais ça fait ma force, parce que du coup, je pars toujours du réel, du reportage,
00:44:49des situations concrètes, de visages de gens, je sais pour qui je me bats.
00:44:54Et voilà, des visages, des noms, des corps.
00:44:58Et ensuite, à partir de ça, je m'élève en me disant,
00:45:02c'est telle mesure qu'il faut répondre, mais ça coince à tel endroit,
00:45:05parce qu'il y a eu telle politique depuis 30 ans.
00:45:07Enfin voilà, j'ai un mouvement qui part du bas et qui monte vers le haut.
00:45:10Donc je vais avoir du mal à te définir la gauche.
00:45:12Mais bon, et puis après, c'est quand même une tradition historique.
00:45:14Je veux dire, je fais mien l'héritage de la Révolution française,
00:45:19je fais mien la Commune, je fais mien Jaurès, je fais mien le Front Populaire,
00:45:23je fais mien le Conseil National de la Résistance, je fais mien mes 68,
00:45:27je fais mien aussi mes 81.
00:45:29Enfin voilà, je suis dans une filiation comme ça, historique.
00:45:34Je me sens dans un courant, quoi.
00:45:37— Du coup, être de droite, alors, ce serait...
00:45:39— Tu sais, le slogan de ma campagne, alors bon, on va dire que je suis manichéen,
00:45:43mais c'est la réalité qui est manichéenne pour moi.
00:45:47Mais moi, c'était ils ont l'argent, nous avons les gens, tu vois.
00:45:53Ben, être de droite, c'est mener une politique pour l'argent, en gros.
00:45:57Mais tu sais, Macron, il dépasse même le truc de la droite traditionnelle.
00:46:01Il faut comprendre ça, que son absence d'ancrage local, son absence de lien avec les gens,
00:46:08le fait qu'il ait été dans cette bulle et qu'il soit paru comme un phénomène politico-médiatique immédiat
00:46:15fait qu'il y a même des mesures de droite que jamais un gouvernement de droite n'aurait prises.
00:46:22Je pense à deux mesures, par exemple la suppression des contrats emploi-solidarité,
00:46:27qui est une catastrophe.
00:46:29Alors moi, je suis contre ces contrats précaires, que les choses soient claires.
00:46:33C'est évidemment pas la panacée. C'est une béquille.
00:46:36Mais pour les gens, une béquille, c'est déjà mieux que de supprimer la béquille
00:46:39et puis écroulez-vous par terre.
00:46:41J'ai vu les gens durer pendant des années et des années dans ces contrats-là.
00:46:45Donc c'est pas la solution. Mais les supprimer, c'est pas la solution non plus.
00:46:48C'est pas la solution pour les gens, c'est pas la solution pour les associations,
00:46:51c'est pas la solution pour un certain nombre de municipalités.
00:46:53C'était une décision qu'un gouvernement de droite traditionnel n'aurait pas prise avec cette brutalité.
00:47:02Première décision.
00:47:03Et la deuxième décision, c'est par exemple ce qui s'est passé sur les aides au logement des offices HLM.
00:47:08Elle est taillée dans le budget des offices HLM.
00:47:10Chez moi, dans ma circonscription, très concrètement, ça a des conséquences sur Amiens et sur Abbeville
00:47:16en termes de construction des logements sociaux, en termes de rénovation de l'habitat.
00:47:20Voilà, ça a des conséquences très concrètes.
00:47:23Et un mec de droite, normal, qui serait passé par maire de sa ville, responsable d'une société office HLM,
00:47:29il n'aurait pas pris une décision comme ça.
00:47:31Parce qu'il aurait su que ça allait nuire à la fois aux offices et ensuite aux locataires et aux plus modestes.
00:47:37Donc je pense que le décrochage d'Emmanuel Macron d'Avec le Pays fait qu'il y a des décisions qui sont prises
00:47:44qui dépassent la stricte appellation droite.
00:47:49Mais pour élargir au-delà de la figure d'Emmanuel Macron, il faut bien voir qu'Emmanuel Macron est juste l'incarnation
00:47:57d'une hyper classe qui a décroché d'Avec le Pays, qui se vit comme étant avec le monde,
00:48:05qui n'a plus d'attache géographique, qui est même séparée moralement du reste de la nation.
00:48:13Alors il nous reste encore quelques minutes ensemble François Ruffin.
00:48:15Je salue tous ceux qui nous regardent actuellement.
00:48:17Vous êtes très très nombreux à suivre ce live.
00:48:18N'hésitez pas encore une fois à le commenter, le partager.
00:48:20Et puis dans les dernières minutes, on prendra quelques tendances aussi au niveau des questions.
00:48:24Ce qui revenait aussi dans les commentaires.
00:48:26Alors il y avait sur votre ambition pour la suite, il y en avait certains qui poussaient par rapport à 2022.
00:48:31D'autres questions par rapport au mouvement des gilets jaunes qui a commencé depuis le 17 novembre dernier.
00:48:36Presque donc 4 mois de mobilisation maintenant.
00:48:40Finalement, que faire pour faire bouger les choses ?
00:48:43C'est un peu la question que se posent les gilets jaunes actuellement,
00:48:45qui vont se mobiliser samedi pour le 17ème samedi consécutif.
00:48:49Comment réussir aujourd'hui à enclencher un rapport de force ?
00:48:52Comment faire bouger les lignes quand on sait que maintenant depuis le début de ce grand débat mi-janvier,
00:48:57c'est un peu d'un côté le grand débat, je vous poserai une question dessus après,
00:49:00et d'un côté le grand débat, et d'un autre côté les gilets jaunes qui continuent à maintenir la pression.
00:49:04D'abord, moi je crois qu'il faut signaler ce qui a déjà été gagné.
00:49:09Parce que si on dit aux gens qu'ils perdent tout le temps,
00:49:11ce n'est pas ce qui va leur donner envie de se bouger.
00:49:14Donc, il y a une victoire matérielle quand même déjà.
00:49:18Moi, il y a un avocat d'affaires qui est venu me voir et qui m'a présenté,
00:49:23tu vois, qui est plutôt côté gilets jaunes.
00:49:25Et il y a comme ça des anomalies sociales.
00:49:27Et je pense que je suis aussi quelque part peut-être une anomalie sociale.
00:49:30Et donc, il est venu me voir et il m'a montré le budget 2019 avant les gilets jaunes.
00:49:36Tout le monde perdait sauf les 1% qui gagnaient énormément.
00:49:39Il m'a montré le budget 2019 après le mouvement des gilets jaunes.
00:49:43On avait un net rééquilibrage avec tout le monde qui gagnait un peu, pas beaucoup, mais un peu.
00:49:47Et les 1% qui gagnaient aussi, rassure-toi.
00:49:49Mais on avait déjà eu quelque chose qui matériellement s'était passé.
00:49:53Et puis, il y a une très grande victoire spirituelle.
00:49:56Macron a quand même mis un genou à terre cet automne.
00:49:59Il y a eu un coup d'arrêt mis à l'oligarchie.
00:50:02Sinon, la réforme des retraites, la réforme du chômage et ainsi de suite
00:50:05seraient sans doute menées avec davantage de brutalité.
00:50:08Et là, il y a une espèce de gel de la situation.
00:50:11Donc voilà, il faut quand même signaler que ce n'est pas comme si ça n'avait servi à rien.
00:50:14Pour moi, ça a d'ores et déjà grandement servi.
00:50:17Maintenant, ce qu'il faut espérer ce printemps, c'est qu'il y ait une date posée à l'horizon
00:50:25et qu'il permette de canaliser les forces à nouveau comme il l'a été le 17 novembre.
00:50:29Donc là, il y a le 16 mars.
00:50:32Il faut évidemment pousser au 16 mars pour qu'on ait du monde...
00:50:38Vous y serez le 16 mars à Paris ?
00:50:40Je serai à Paris et à Dyons, qui est un point de rassemblement très important
00:50:45aussi dans le sud de la France.
00:50:48Donc deux points sur la même journée.
00:50:51Justement, il y a d'un côté ce grand débat.
00:50:54Je ne sais pas si vous l'avez regardé un petit peu, si vous en avez un avis.
00:50:57En termes de communication ou de marketing, ça fait partie de la politique.
00:51:04Je crois que le mouvement des gilets jaunes a rouvert un imaginaire politique cet automne.
00:51:08Je le disais avec le gilet, le fait qu'on ne quitte pas le rond-point, qu'on y construise des cabanes.
00:51:14C'était tellement original que ça a rouvert un imaginaire politique.
00:51:17Il faut admettre qu'Emmanuel Macron, avec son grand débat
00:51:21et avec sa forme d'apparition à bourre de péage, a inventé une forme
00:51:28qui fait qu'il a quelque part repris la main sur le terrain de la com.
00:51:32La com, c'est de la politique en soi.
00:51:35Ce que je vois, c'est évidemment sur le fond un débat extrêmement encadré
00:51:41avec l'impossibilité de remettre en cause la suppression d'impôts de solidarité sur la fortune.
00:51:46On te demande s'il faut reculer l'âge de la retraite.
00:51:49Tout ça est très téléguidé pour arriver à des conclusions macronistes
00:51:52d'un point de départ qui est les gilets jaunes, qui ne l'étaient pas tellement.
00:51:56Voire même, on te dit qu'il faudrait une contrepartie au RSA.
00:52:01C'est l'un des trucs qui seraient évoqués par le grand débat.
00:52:08Il faudrait une contrepartie au RSA et c'est ce qui sortirait.
00:52:13Sur tous les ronds-points que j'ai vus, je n'ai pas vu une seule personne me dire
00:52:17qu'il faudrait que ceux qui touchent le RSA donnent une contrepartie.
00:52:21Ce n'est pas ça.
00:52:22Quelle est la contrepartie pour le crédit impôt compétitivité emploi ? 40 milliards d'euros.
00:52:26Quelle est la contrepartie pour la suppression de l'impôt de solidarité sur la fortune ?
00:52:315 milliards d'euros.
00:52:32Et là, on ne te pose pas de questions sur les contreparties.
00:52:34Donc on a un débat qui est très encadré.
00:52:36Mais au-delà de ça, quand on connaît un peu le fonctionnement d'Emmanuel Macron,
00:52:42ce n'est quand même pas la première fois qu'il fait le coup.
00:52:46En marche, c'est fondé là-dessus.
00:52:49C'est-à-dire sur « allez-y, débattez, faites remonter vos idées » et tout ça.
00:52:53Et les marcheurs, bon nombre y est cru à cette horizontalité, à cette démocratie interne.
00:53:00Il y avait des tas de mots anglais en plus avec ça que j'ai oublié.
00:53:03Mais bon, ils y ont cru.
00:53:06Et finalement, à l'arrivée, le programme, c'est Bernard Morad qui le négociait
00:53:11directement avec les dirigeants d'entreprise en essayant de se distinguer un peu de François Fillon.
00:53:16Donc voilà comment s'est construit le programme.
00:53:18D'où une énorme déception quand on parle de déception avec les marcheurs.
00:53:21Moi, j'ai rencontré un certain nombre de marcheurs qui ont lâché, il y en a beaucoup, le mouvement.
00:53:27Pourquoi ? Parce qu'on leur a fait croire à la démocratie, à la horizontalité,
00:53:31on leur a fait croire que leur débat et tout ça, ils serviraient à quelque chose.
00:53:34Et finalement, c'est venu d'en haut.
00:53:36Classique.
00:53:37Mais moi, j'ai participé à autre chose.
00:53:39C'est les états généraux de l'alimentation.
00:53:41Où, à la fois pour que les agriculteurs vivent mieux, pour qu'on se nourrisse mieux,
00:53:45il avait été décidé de faire ces états généraux, tel au temps de la révolution française,
00:53:50mais concernant l'alimentation.
00:53:52Bon, ça veut dire qu'il y a eu des dizaines de milliers d'heures de consacrés à des débats à Paris,
00:53:57en province, avec la grande distribution, les syndicats agricoles, les associations,
00:54:03les industriels, les syndicats des industriels, toutes les interprofessions possibles.
00:54:08Et à la fin, ça a accouché d'une cacahuète.
00:54:11Donc, je crains que la conclusion du grand débat, ça soit une cacahuète, là aussi.
00:54:17Voire une cacahuète dont on a déjà décidé ce qu'elle serait, quoi.
00:54:21Bon, on verra.
00:54:23Mais peut-être qu'il aura l'habileté de prolonger ça par des commissions, des réflexions, des machins.
00:54:28C'est quoi ?
00:54:29Tu sais, j'ai lu « La guerre des pauvres » de Éric Vuillard.
00:54:31Tu as lu ce bouquin ou pas ?
00:54:32Non.
00:54:33Je te le recommande.
00:54:34Donc, c'est un bouquin qui vient de paraître.
00:54:35C'est un auteur que j'aime beaucoup.
00:54:37Tu sais, par ailleurs, c'est quand tu es député, quand tu es, tu vois, dans cette énergie, dans ce truc-là,
00:54:45comment tu fais pour pas devenir con ?
00:54:47C'est un défi.
00:54:48C'est un défi que de réussir à garder du temps pour lire, écrire, penser, respirer.
00:54:57C'est-à-dire, pour moi, amener une autre parole dans la vie publique, tu vois.
00:55:01Et donc, dans « La guerre des pauvres » de Éric Vuillard, il raconte comment, au XVIIe siècle,
00:55:07finalement, les mouvements protestants qui décrochaient du catholicisme étaient aussi des mouvements sociaux,
00:55:14étaient une guerre des pauvres, tu vois.
00:55:16Et il y a eu un mouvement très puissant en Angleterre.
00:55:18Et à un moment, le roi et l'église anglicane ont réussi à l'interrompre en disant « Maintenant, on va négocier ».
00:55:26Et ils ont fait enliser les négociations.
00:55:27Et à la fin, ils ont réussi à couper la tête de tous les leaders et puis tout ça.
00:55:31Mais il est évident que quand tu as un mouvement comme les Gilets jaunes, qui a de l'ampleur et puis tout ça,
00:55:36il faut dire « Non, négociation, débat ».
00:55:38C'est une manière de geler.
00:55:39Ça fait partie de la bataille, quoi.
00:55:43Donc, il faut voir si, au terme de ce grand débat, qui se termine donc le 14 mars,
00:55:49on parvient à remettre du jus dans la machine.
00:55:52Moi, je fais mon possible pour.
00:55:54Je fais mon possible pour avec ma parole.
00:55:56Je fais mon possible pour avec un livre qui fournit des arguments.
00:55:59Je fais mon possible pour avec un film où on vient, je l'espère, rire, pleurer, huer, espérer, quoi.
00:56:05– Parlons du train de vie des élus.
00:56:07Ça fait partie des choses dont on parle beaucoup au sein du mouvement des Gilets jaunes,
00:56:09mais aussi dans les commentaires aujourd'hui.
00:56:11Voilà, certains disent aujourd'hui, on parle de cette déconnexion du président de la République vis-à-vis du peuple.
00:56:20Est-ce qu'aujourd'hui, quand on est député, ministre, secrétaire d'État ou sénateur ou autre,
00:56:26voilà, on a des salaires importants,
00:56:28on peut avoir tendance à se déconnecter de ce qu'est la vie de beaucoup de Français ?
00:56:33Finalement, il n'y a pas des choses à changer ?
00:56:35Il y en a certains qui pensent qu'il faudrait baisser leur salaire,
00:56:37mettre un salaire qui serait un salaire moyen de celui des Français.
00:56:42C'est deux questions en une, un peu quelque part,
00:56:44entre la déconnexion et aussi qu'est-ce qu'on peut faire pour éviter ça
00:56:47ou est-ce qu'il faut faire même quelque chose ?
00:56:48Je sais que je me paye au SMIC, mais voilà, comme ça, c'est réglé.
00:56:51Mais je crois...
00:56:53Alors, l'argument que j'entends...
00:56:55Vous êtes un député, je crois que c'est 5 700 euros.
00:56:58Et vous, vous avez pris la décision de vous mettre au SMIC.
00:57:00Voilà.
00:57:01Mais je crois que...
00:57:03Enfin, je crois que ce n'est pas le cœur du problème.
00:57:05Généralement, ce que j'entends plutôt sur le long de mon point,
00:57:08c'est qu'il faut baisser les salaires parce que ça va faire économiser de l'argent.
00:57:11Il y a ça ?
00:57:12Beaucoup.
00:57:13Je dois dire que je pense que...
00:57:15Je ne suis pas d'accord, mais ce n'est pas grave.
00:57:17La démocratie, elle a un prix.
00:57:19Par exemple, je ne suis pas d'accord avec la diminution du nombre de députés.
00:57:22Je sais que c'est un truc.
00:57:23J'en discute sur les ronds-points, rond-point après rond-point.
00:57:25Mais moi, je crois qu'on a besoin...
00:57:28Le député est comme, pour moi, un service public de proximité.
00:57:31Et comme on a une gare, comme on a une poste, comme on a une école,
00:57:38eh bien, il est bon d'avoir un député qu'on puisse interpeller pas trop loin de chez soi.
00:57:43Et je ne veux pas un éloignement.
00:57:45Alors le problème, c'est que comme pour les gares, comme pour la poste,
00:57:48comme pour les hôpitaux, quand on veut les privatiser,
00:57:51le train fonctionne tellement mal, par exemple.
00:57:54Moi, tu vois, encore du retard ce matin sur la ligne Amiens-Paris,
00:57:58que quand il y a la décision de privatisation, on se dit
00:58:01« De toute façon, vu comment c'est le merdier, on verra bien ce que ça donnera.
00:58:04Ça ne peut pas être pire. »
00:58:05C'est un peu pareil pour les élus.
00:58:06Vu comment, de toute façon, on a l'impression qu'ils ne servent à rien,
00:58:09et ce n'est pas faux parce que l'Assemblée, elle ne sert pas à grand-chose, je l'ai dit,
00:58:12eh bien, on se dit « Autant supprimer du personnel là-dedans. »
00:58:16Moi, je crois que la question démocratique centrale,
00:58:20c'est comment on rend un rôle à l'Assemblée nationale.
00:58:23Comment on fait pour que dans ce pays, ça ne soit pas un président
00:58:27qui, avec ses quatre prises et ses désirs,
00:58:29c'était la définition du despotisme de Montesquieu,
00:58:33décide du sort de la nation.
00:58:35Tu vois, c'est ça la question.
00:58:37Et pour moi, la grande question institutionnelle qu'on devrait avoir,
00:58:41c'est comment on redonne du poids à l'Assemblée,
00:58:43comment on redonne du poids aux citoyens,
00:58:45et comment on fait que tous les pouvoirs ne soient pas aujourd'hui
00:58:48concentrés entre les mains d'un seul homme.
00:58:50Et ce n'est pas en diminuant le nombre de députés
00:58:53ou en diminuant leurs revenus qu'on répond à cette question-là.
00:58:55On peut le faire, diminuer les revenus.
00:58:57Moi, je m'en fous.
00:58:58Mais ça ne répond pas à cette question-là.
00:59:02Et je crois que pareil.
00:59:03Moi, tu vois, par exemple, j'aurais été favorable
00:59:05à ce qu'on puisse former un binôme avec ma suppléante
00:59:08et aller une semaine sur deux à l'Assemblée nationale.
00:59:11Pourquoi ? Parce que ça donnerait du temps l'autre semaine pour respirer.
00:59:14Bon, je suis en garde alternée aussi.
00:59:17Ça donnerait du temps pour respirer,
00:59:19pour continuer à rencontrer les gens près de chez soi.
00:59:22Tandis que là, je vois comment on est pris en étau
00:59:26et comment il va y avoir un accord entre le président de la République
00:59:30et le peuple pour nous prendre en étau
00:59:33et demander à ce qu'on soit présent dans l'hémicycle.
00:59:36Et dans une forme de présentialisme
00:59:39où lui, il nous veut là-bas, du lundi au vendredi,
00:59:42voire le samedi-dimanche, avoter des lois en série
00:59:45qu'on, pour un certain nombre, moi, je ne comprends pas
00:59:48parce qu'elles ne sont pas passées par ma commission, par exemple.
00:59:50Bon, et donc, du coup, nous enfermer.
00:59:53Et nous enfermer dans un rôle de contrôle-évaluation, il dit.
00:59:57Contrôle-évaluation, c'est quoi ?
00:59:59Moi, je ne suis pas là pour être chez Anderson Consulting.
01:00:02Je ne suis pas de l'audit.
01:00:04Moi, je veux parler de la démocratie.
01:00:06Je veux venir apporter des idées.
01:00:08Quelle école on veut ? Quelle justice on veut ?
01:00:11Quelle démocratie on veut ?
01:00:12Et tout ça, ce n'est pas avec du contrôle et de l'évaluation.
01:00:14Donc, je vois comment on veut nous technocratiser, tu vois.
01:00:17Et on est déjà largement technocrates.
01:00:19C'est pour ça que ça peut marcher, quoi.
01:00:21Mais c'est comment on remet de l'air dans tout ça.
01:00:23Voilà.
01:00:24Donc, évidemment, la réforme institutionnelle
01:00:28et Macron va dire que c'est une demande populaire et machin.
01:00:31Mais ce n'est pas se demander comment on casse le cordon
01:00:34entre l'Assemblée et l'Élysée.
01:00:36Ce n'est même pas comment on rallonge la taille de l'Alès.
01:00:38C'est encore un raccourcissement de la taille de l'Alès.
01:00:40Donc, moi, je ne suis pas du tout d'accord avec cette orientation-là, quoi.
01:00:44C'est le loup et le chien, tu sais.
01:00:46Le loup, il ne veut pas de collier.
01:00:48Je ne veux pas un collier qui m'attache à l'Élysée, quoi.
01:00:51Alors, plusieurs questions pour Thalys Vey, parce qu'on vous s'est attendus.
01:00:54Il y a notamment des questions dans les commentaires
01:00:56qui évoquent le fait qu'il y avait un député au mois de décembre
01:00:58qui avait entrepris, via un article, pour permettre la destitution du président Emmanuel Macron
01:01:03et qui dit que vous êtes totalement opposé à Emmanuel Macron.
01:01:05Vous demandez sa démission.
01:01:06Pourquoi vous n'avez pas entamé cette procédure ?
01:01:08Même si on sait que ce n'est pas avec une ou deux personnes que ça bouge.
01:01:11Mais symboliquement, pourquoi vous ne l'avez pas fait ?
01:01:13Oui, peut-être.
01:01:14Mais tu vois, c'est une question que je me pose, en toute honnêteté.
01:01:16Mais maintenant, tu sais, j'ai déjà tellement le sentiment d'être isolé régulièrement,
01:01:19même si je suis bien...
01:01:21J'en ai parlé au sein de mon groupe.
01:01:23J'ai évoqué la question.
01:01:24On m'a dit qu'est-ce qu'il ne faudrait pas y aller, tu vois.
01:01:26Allons-y franchement, quoi.
01:01:27Donc, je me suis posé la question.
01:01:30Je ne peux pas dire que je ne me la pose pas encore.
01:01:32Maintenant, j'apparais déjà comme tellement un marginal dans le système.
01:01:36C'est fatiguant, quoi.
01:01:38On a peur d'être encore plus marginalisé.
01:01:41Ben oui, tu vois.
01:01:42Prendre des décisions tout seul.
01:01:44Il faut que j'arrive à entraîner un certain nombre de volontés avec moi,
01:01:48même si de toute façon, on sait que c'est à la fois...
01:01:50Beaucoup d'hommes dans le groupe parlementaire de la France insoumise, ils sont pas...
01:01:52Je ne peux pas dire que j'ai mis les couverts régulièrement.
01:01:55Je l'ai évoqué comme ça.
01:01:56C'est tellement un acte de rupture que je pense qu'il faudrait en reparler.
01:02:02Il y a des échanges peut-être aussi avec Jean-Luc Mélenchon à avoir.
01:02:05Oui, on en a déjà discuté.
01:02:07Comme ça, ça n'a pas non plus été au cœur d'une discussion.
01:02:11Mais oui, c'est une question que je me pose maintenant.
01:02:13C'est tellement un acte de pure symbolique.
01:02:17Il faudrait quand même la chance collective pour vous du groupe ?
01:02:19Oui, à minima.
01:02:22Moi, je souhaiterais qu'il y ait une union des insoumis, des communistes,
01:02:28d'un certain nombre de députés qui disent la mesure est dépassée.
01:02:33Moi, tu vois par exemple un truc...
01:02:35Il y a eu aujourd'hui mon collègue Loïc Prudhomme qui s'est pris des coups de matraque.
01:02:40Et justement, c'est un échange intéressant parce qu'il y a eu ce qui s'est passé du côté de Bordeaux
01:02:45où justement Loïc Prudhomme a interpellé le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner.
01:02:50Il y a eu une réponse très...
01:02:52Voilà, en disant qu'il n'avait rien à faire là,
01:02:54en prenant même certains faits du fait qu'il baisse son bouclier, etc.
01:02:57Ça a été assez...
01:02:58Oui, bon ben voilà.
01:02:59Très virulente de la part du ministre de l'Intérieur.
01:03:00On a des députés qui se prennent des coups de matraque sur la figure.
01:03:03Le préfet qui dit la police a fait son travail.
01:03:05Et le ministre de l'Intérieur qui dit qu'il couvre le préfet en disant
01:03:09c'est normal qu'un député se prenne des coups de matraque.
01:03:11Il n'avait qu'à ne pas être là.
01:03:12Bon, même s'il ne faisait rien.
01:03:14Mais tu vois, moi, ce qui me choque, je trouve que là, ça touche un représentant.
01:03:19Mais...
01:03:21Tu vois, on a eu, semaine après semaine, des estropiés, des euborniers, des mutilés.
01:03:27Tu vois les photos.
01:03:29Les gars, peut-être qu'ils n'avaient pas à être là.
01:03:33Mais, bon sang.
01:03:35T'es humain.
01:03:37T'es président de la République.
01:03:39T'es Premier ministre.
01:03:41T'es ministre de l'Intérieur.
01:03:43À un moment, tu dis...
01:03:45Bon sang, on est désolé.
01:03:46Tu dis aux familles, ça ne va pas.
01:03:47Tu dis aux victimes, ça ne va pas.
01:03:48Tu demandes ce que tu vas faire pour que ça ne se reproduise pas le samedi d'après.
01:03:53Tu vois ce que je veux dire ?
01:03:54T'as un mot de compassion.
01:03:56Et moi, depuis tout le temps qu'il y a eu tout ça,
01:03:59et là, on en est à des dizaines et des dizaines de gens
01:04:02dont la vie ne sera plus la même après parce qu'ils ont participé à les manifestations,
01:04:07qui n'avaient aucun acte de violence, qui traînaient par là.
01:04:11Tu vois, il y a quand même eu des morts aussi à Marseille.
01:04:14Une vieille dame qui meurt.
01:04:16Tu n'entends pas des mots d'excuses, des mots de compassion ?
01:04:21C'est comme si, en fait, je vais te dire, le cœur...
01:04:25J'ai entendu ce mot, c'est le néo-darwinisme.
01:04:29On est dans un néo-darwinisme.
01:04:32Ça veut dire quoi ?
01:04:33Ça veut dire que la classe dirigeante rattachée à l'oligarchie
01:04:39considère qu'au fond, nous n'appartenons plus à la même espèce.
01:04:43Et que donc, les hommes en jaune et les gens qui ne sont rien,
01:04:49on peut venir les humilier par des propos,
01:04:54mais aussi les estropier sans que ça soit nos semblables.
01:05:01Et moi, je dis simplement, nous sommes semblables, bordel.
01:05:06Et tu sais, c'est vrai que je ne peux pas ne pas relier ça au fait, par exemple,
01:05:10au comportement à l'égard du réchauffement climatique
01:05:12quand une amie revient de la city et me raconte
01:05:15que les traders sont en train d'investir en Norvège
01:05:18parce que c'est là-bas qu'ils pensent qu'ils vont pouvoir échapper au réchauffement.
01:05:22Ou alors que dans la Silicon Valley,
01:05:24et avec des gens auxquels Emmanuel Macron est très attaché,
01:05:27il faudrait s'interroger, je ne l'ai fait pas,
01:05:29ce n'est pas assez philosophique de ce point de vue-là,
01:05:31mais sur la relation d'Emmanuel Macron aux nouvelles technologies,
01:05:35à tout ce qui est start-up, à ce qui pourrait être aussi l'homme augmenté.
01:05:39Et donc, quand tu vois que la Silicon Valley
01:05:42prépare sa migration en masse en Nouvelle-Zélande
01:05:46pour échapper au réchauffement,
01:05:47ben voilà, on a là une hyper classe qui pense qu'elle va échapper au sort commun.
01:05:53Et moi, mon œuvre, c'est de tenter de dire
01:05:57mais bordel, on est sur le même bateau, il faut qu'on fasse société,
01:06:00il faut que cette hyper classe qui est sur son mont Olympe
01:06:02avec le président Jupiter, il faut qu'on la ramène sur Terre.
01:06:06Il faut qu'on la ramène parmi nous.
01:06:08Ces violences policières dont vous parliez il y a quelques instants,
01:06:11chez Jean-Luc Lé, vous n'en parlez pas à la fin,
01:06:12mais vous dites, d'émotion, vous pleurez même en voyant certaines images.
01:06:16Finalement, ce maintien de l'ordre aujourd'hui contesté,
01:06:22parce qu'il y a des milliers de blessés du côté des gilets jaunes,
01:06:25il y en a aussi beaucoup du côté des forces de l'ordre,
01:06:27est-ce qu'on aurait pu éviter ça, et si oui, comment ?
01:06:30Écoute, moi, je ne suis pas un spécialiste du maintien de l'ordre,
01:06:32mais je sais qu'il y a eu un changement de doctrine
01:06:36dans le maintien de l'ordre en France, sous Emmanuel Macron.
01:06:40Le fait qu'on retourne à des choses beaucoup plus mobiles,
01:06:44qu'on poursuive les gens, qu'on tire de loin,
01:06:46il y a eu un changement de doctrine qui fait que ce n'est plus la même chose.
01:06:50Je ne suis pas un spécialiste de ça,
01:06:51mais je pense que c'était parfaitement évitable.
01:06:53En tout cas, on ne peut pas tirer sur des gens qui sont en train de rien faire,
01:06:59sinon participer à une manifestation, et derrière ne pas se demander
01:07:03mais où mène-t-on notre démocratie ? Où mène-t-on notre pays ?
01:07:08Christophe Castaner, il doit démissionner pour vous aujourd'hui.
01:07:10Oui, si tu veux, moi, je souhaite aussi la démission du président de la République.
01:07:17Mais voilà, je souhaite la démission du président de la République.
01:07:23Peut-être qu'il va falloir terminer.
01:07:25J'aurais deux petites questions pour finir.
01:07:27Moi, je crois que la légitimité du président de la République,
01:07:31elle est entamée parce que je mets à nu dans mon livre,
01:07:38c'est-à-dire une espèce d'élection truquée avec ses accointances permanentes,
01:07:43avec les grands patrons de presse qui lui réservent une couverture
01:07:46qui n'est pas du tout équivalente à celle des autres candidats.
01:07:51Et à partir de ce moment-là, on a pour moi une élection qui est quand même trafiquée.
01:07:55Donc il faut que les gens et les candidats puissent partir à égalité dans cette course-là.
01:08:01Donc voilà, moi, de toute façon, je souhaite qu'il y ait une démission
01:08:06pour qu'on arrive à soit une autre République,
01:08:11mais que de toute façon, il y ait un rééquilibrage des pouvoirs.
01:08:13Tu parles de 2022, ça veut dire que je vois comment les journalistes
01:08:18et les journalistes politiques sont...
01:08:21Il y a une névrose du personnel politique,
01:08:24il y a une névrose des journalistes politiques,
01:08:25il y a une névrose de tout ce qui touche à la politique en France,
01:08:28qui est l'élection présidentielle, quoi.
01:08:30C'est grave de se dire que la démocratie, c'est une fois tous les cinq ans,
01:08:35et que la vie politique, la vie démocratique,
01:08:38elle va tourner autour d'un seul homme pendant cinq ans.
01:08:40Et tu vois, moi, à peine je suis élu député, on est en juin 2017,
01:08:47et dès les jours qui suivent presque, ou les semaines qui suivent,
01:08:51on m'interroge sur 2022. On vient à peine de passer 2017.
01:08:56– Et les gens dans les commentaires étaient nombreux aussi,
01:08:58et c'est de là que vient cette question.
01:09:00Moi, je dis très concrètement, je n'avais même pas préparé celle-ci,
01:09:02il y a bien des gens qui nous regardent qui étaient très nombreux
01:09:04à voir cette ambition plus loin pour vous,
01:09:06parce que vous avez fait part de l'ambition aussi, personnellement.
01:09:08– Oui, oui. – Et je pense que c'est aussi là-dessus
01:09:10que les gens ont... – Oui, mais j'ai une ambition
01:09:12pour ce printemps, c'est déjà de participer, je l'espère,
01:09:14à un mouvement social. Et tu vois, je le dis, mais moi,
01:09:17les gens qui étaient sur les murs de ma chambre,
01:09:20ce n'étaient pas des dirigeants politiques.
01:09:22Et les grands mouvements que j'apprécie,
01:09:24c'est des mouvements d'effervescence populaire.
01:09:26– Alors, en parlant d'effervescence populaire,
01:09:28il y a ce qui se passe actuellement en Algérie.
01:09:30On voit depuis maintenant près de deux semaines,
01:09:32le peuple algérien qui se soulève contre le fait
01:09:34qu'Abdelaziz Bouteflika, président en place depuis 20 ans,
01:09:37se présente pour un cinquième mandat.
01:09:39Vous, ça vous inspire quoi ?
01:09:41– Ça m'inspire beaucoup de sympathie, évidente.
01:09:44Il y a un effet peut-être aussi lié à la rente pétrolière,
01:09:48comme on le voit dans d'autres pays, qui s'effondre.
01:09:51Donc peut-être qu'il y a des soubassements économiques
01:09:53à une révolte populaire.
01:09:55Mais comment ne pas comprendre que les gens souhaitent
01:10:00d'autres dirigeants pour leur pays,
01:10:02que quelqu'un qu'ils ne voient même plus
01:10:05à l'apparaître à la télévision.
01:10:07Je ne dis pas qu'il faut tout le temps un dirigeant de 41 ans
01:10:10et que ça résout tout, puisque je viens d'écrire un livre là-dessus.
01:10:15Mais enfin, une société qui est jeune comme l'Algérie,
01:10:18je comprends parfaitement que les gens aspirent à autre chose.
01:10:23– Pour conclure ce live, peut-être une question.
01:10:26La France de François Ruffin, comment serait-elle ?
01:10:29Vous avez fait beaucoup de constats sur la politique
01:10:31menée par le gouvernement actuellement,
01:10:33mais comment faire pour aujourd'hui,
01:10:35toutes ces situations que vous avez évoquées dans votre livre,
01:10:37avec beaucoup de passion, beaucoup de force,
01:10:39de ces personnes en difficulté, comment faire en sorte
01:10:41pour qu'elle ait un avenir meilleur que celui qui n'est aujourd'hui ?
01:10:44– C'est pas possible de résoudre une question comme celle-là
01:10:46en 30 secondes à la fin de...
01:10:48C'est évident.
01:10:49Maintenant, je vais redire ce que j'ai dit à un moment dans le truc.
01:10:52De toute façon, je ne sais pas en termes de...
01:10:55Moi, je n'ai pas de société idéale.
01:10:57Je sais qu'on n'arrivera pas à la société idéale,
01:11:00que pour moi, elle n'existe pas,
01:11:02qu'il y a un chemin, mais il n'y a pas un but ultime,
01:11:07il n'y a pas de fin de l'histoire,
01:11:08donc l'histoire est en permanence à recommencer.
01:11:10En revanche, il faut que les gens qui arrivent au pouvoir,
01:11:14ils aient une obsession, c'est le bonheur de Cindy,
01:11:17c'est le bonheur de Marie, c'est le bonheur de Zoubir,
01:11:20et ce n'est pas le bonheur ou les dividendes de Xavier Niel,
01:11:23Vincent Bolloré, Arnaud Lagardère et Patrick Drahi, tu vois.
01:11:27Ce n'est pas que je leur souhaite du malheur à ces hommes,
01:11:31mais l'obsession de gens qui sont élus par le peuple,
01:11:35ça doit être le bonheur du peuple.
01:11:37C'est tout.
01:11:39Merci beaucoup François Ruffin.
01:11:40Je ne vais pas vous donner dans les mains,
01:11:42parce qu'on ne peut pas faire l'autobrono comme tout à l'heure,
01:11:43mais je vais quand même le montrer à l'image, ce livre.
01:11:45Je vais le mettre comme ça pour montrer à ceux qui nous regardent.
01:11:48François Ruffin, ce pays que tu ne connais pas.
01:11:51Bienvenue en France, Monsieur Macron.
01:11:52C'est ce livre qu'on a évoqué actuellement,
01:11:54qui est dans toutes les librairies de France depuis quelques jours maintenant.
01:11:57Oui, deux semaines maintenant.
01:11:58Deux semaines maintenant, voilà.
01:11:59On vous remercie en tout cas beaucoup, François Ruffin,
01:12:01d'avoir accepté notre invitation.
01:12:03C'était votre première interview dans la média nationale
01:12:05depuis le début de l'année 2019.
01:12:06Après trois mois, vous étiez consacré à écrire ce livre,
01:12:10et puis aussi ce film, Jeux du Soleil,
01:12:12qui est en lien justement avec ce mouvement des gilets jaunes.
01:12:14Tout à fait.
01:12:15Je pense que je produis un diptyque qui est quelque part un film d'amour
01:12:18et un livre de combat.
01:12:20Même s'il y a aussi de l'amour pour les gens dans le livre,
01:12:23mais enfin, c'est un livre de combat
01:12:26en faveur de la démocratie et contre l'oligarchie.
01:12:29Merci beaucoup, François Ruffin, pour cette interview.
01:12:32Sans langue de bois, que vous pouvez tous voir ou revoir
01:12:35pour ceux qui nous suivent sur ce live qui vient d'arriver maintenant.
01:12:37Rien n'est perdu. Dans quelques instants, le live se termine
01:12:39et vous pourrez le retrouver en intégralité.
01:12:41Merci à tous ceux qui l'ont suivi.
01:12:43Et puis merci encore à vous, François Ruffin.
01:12:45Merci à vous.

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