"Je ne suis qu'à Marseille, qu'à Monaco ou à Nice et pourtant je suis dans une espèce de paradis sauvage."
28 jours à plus de 100 mètres de profondeur. C'est l'exploit réalisé par Laurent Ballesta et 3 autres plongeurs pour explorer les fonds marins de la Méditerranée. Il raconte cette expérience extraordinaire.
28 jours à plus de 100 mètres de profondeur. C'est l'exploit réalisé par Laurent Ballesta et 3 autres plongeurs pour explorer les fonds marins de la Méditerranée. Il raconte cette expérience extraordinaire.
Catégorie
🏖
VoyagesTranscription
00:00Ne vous trompez pas, c'est pas parce que je vous montre une Méditerranée qui a l'air
00:23luxuriante que la Méditerranée va bien, c'est même tout le contraire.
00:28La Méditerranée va mal, elle va très mal, mais il y a des petits îlots de résistance,
00:34il y a encore des petits jardins secrets ici et là, et si vous avez besoin d'espoir pour
00:40faire les bons gestes, appuyez-vous sur ces derniers, ces petits jardins préservés.
00:57En Méditerranée, il y a des récifs, il y a plein d'endroits très profonds qui sont
01:13extrêmement beaux, c'est des écosystèmes à part, c'est pas la même chose en mieux
01:19ou en pire que près de la surface, non c'est différent, c'est des écosystèmes qui n'ont
01:22rien à voir, ces récifs coralligènes, moi j'aime les appeler les récifs coralliens
01:27de la Méditerranée, il se trouve qu'ils sont à grande profondeur, entre 60 et 120
01:31mètres de fond, et à ces profondeurs-là, le problème c'est pas tant d'y descendre,
01:39c'est qu'une fois qu'on est descendu, c'est la remontée le problème, pour quelques minutes
01:42passées à ces profondeurs-là, c'est des heures et des heures de décompression, donc
01:46c'est problématique, et donc la solution c'est que si le problème c'est la remontée,
01:52et bien il faut arrêter de remonter, en fait on trompe le corps humain, on lui fait croire
01:57qu'il est en permanence au fond, mais en fait lui il monte et il descend, donc en fait
02:01on vit en surface dans une station pressurisée, que moi j'ai baptisé la station batiale
02:06pour que ça sonne un peu comme une station spatiale pour qu'on s'y croit, et donc
02:11on vit là, c'est tout petit, 5 mètres carrés, on a une banette chacun, on est 4, une petite
02:16table, un sas pour faire passer la nourriture, puis après il y a un petit module sanitaire,
02:21toilette, douche, c'est le vestiaire aussi, c'est là qu'on va s'habiller, mettre
02:24nos combinaisons de plongée, et puis on passe dans un troisième module qui lui est mobile,
02:29lui c'est la tourelle, l'ascenseur, et donc lui va descendre jusqu'à la profondeur
02:34de travail, quand on est sur une plateforme pétrolière, la profondeur du chantier à
02:38réaliser, de la soudure, du découpage, et puis nous l'endroit qu'on voulait explorer.
02:44Presque chaque jour, je photographiais une créature qui n'avait jamais été illustrée
02:50vivante, presque chaque jour.
02:52Soit une créature jamais illustrée vivante, soit une créature connue mais qui nous montrait
02:57là un comportement qu'on n'avait jamais vu.
02:59Et ça c'était presque quotidien, quand je suis dans ces profondeurs-là et que je
03:03me dis, je ne suis qu'à Saint-Tropez, je ne suis qu'à Marseille, ou qu'à Monaco,
03:09ou qu'à Nice, et pourtant là je suis dans un espèce de paradis sauvage, c'est
03:13fou de se dire ça, c'est comme des mondes parallèles.
03:15Et je me souviens au Cap Thaïa, l'eau était d'une visibilité incroyable, et je me souviens
03:22de voir un poisson de lune très très loin, et il a fallu un temps fou pour s'approcher
03:29de lui, et puis il était en train de se faire nettoyer par toute une série de petits poissons
03:33qui le déparasitaient, donc lui il était là, gorge déployée, dans une position un
03:38peu incongrue, la tête en l'air, et puis il y avait toute une myriade de petits labres
03:43nettoyeurs, des petits poissons qui lui enlevaient les peaux mortes et les parasites.
03:46Alors ça c'est un très beau souvenir, de se dire que je suis là avec cet animal,
03:51j'ai le droit à un petit moment de nature sauvage comme ça, et à quelques centaines
04:01de mètres de là, il y a des gars qui font les fous en jet-ski en surface et qui prennent
04:05la mer pour une cour de récréation.
04:07C'est ce paradoxe aussi qui rajoute, je trouve, au côté troublant de cette rencontre
04:13à grande profondeur.
04:14Mon témoignage sur l'état de la Méditerranée n'est pas objectif, c'est le témoignage
04:19d'un amoureux de la Méditerranée qui la voit plus belle qu'elle n'est, et qui
04:23vous la montre plus belle qu'elle n'est.
04:25Évidemment la Méditerranée est polluée, elle est abîmée, elle est même saccagée
04:30par endroits, et puis alors dans tous les registres, pollution chimique, macro-déchets
04:35plastiques, surpêches, nuisances sonores, aménagements côtiers qui détruisent le
04:41littoral.
04:42Essentiellement ce qu'on a vu nous souvent c'est du matériel de pêche, du filet abandonné,
04:48des lignes de pêche, carrément des chalutiers coincés et abandonnés.
04:54On voit des modifications, d'abord on voit un réchauffement de demi-degrés, mais qui
05:01sont significatifs.
05:02On voit jusqu'à certaines profondeurs, quand les beaux jours arrivent, des proliférations
05:07d'algues.
05:08Ça étouffe les gorgones et ça les tue, donc ça a quand même une tendance un peu
05:13à faire chuter la biodiversité de ces écosystèmes-là au profit d'algues filamenteuses saisonnières.
05:19Mais moi, quand j'organise cette expédition-là, j'en rêve pendant 18 ans, qu'on travaille
05:29quand même assez dur pendant deux ans pour mettre tout ça en place.
05:32C'est pas pour aller me démoraliser encore une fois, c'est pas pour aller constater
05:37qu'il y a du plastique au fond de la Méditerranée, on le sait ! Je m'intéresse à ce qui va
05:41bien.
05:42J'ai un peu honte des fois de me dire que je vais voir les petits poissons, les écosystèmes
05:47qui vont bien, mais peut-être que c'est important aussi de montrer qu'il y a des
05:51belles choses.
05:52Même si on la décrit souvent comme la poubelle de nos sociétés, on oublie trop que c'est
05:59aussi le berceau de nos civilisations et puis très personnellement le berceau de ma
06:03passion et celle de mes camarades.
06:06Donc on a à cœur de montrer que cette Méditerranée, bien sûr qu'elle est blessée, bien sûr
06:10qu'elle va mal.
06:11Je ne suis pas là pour dire le contraire, attention, la Méditerranée va mal, mais
06:15elle n'est pas morte.
06:16Il y a encore des endroits qui sont sublimes, qui sont luxuriants.
06:20Alors c'est peut-être des oasis dans le désert, j'en conviens, et malheureusement
06:23je dois le reconnaître.
06:25Mais ça existe encore, ça.
06:27Si ça peut donner de l'espoir à certains, si de ces petits endroits on peut avoir la
06:32naïveté de croire que ça peut repartir comme si c'était un refuge, tant mieux, soyons
06:36naïfs.
06:37Mais c'est ça la Méditerranée, elle n'est pas totalement morte, mais c'est clair qu'elle
06:44n'est pas en bonne santé.