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00:00Toutes les violences que moi j'ai pu subir,
00:02elles ne venaient pas de rappeurs en fait.
00:03Plutôt de bons messieurs d'une cinquantaine d'années bien en place
00:07qui sortaient plutôt de l'ENA que de la street.
00:09Et je ne vais pas vous vendre du rêve, je vous dis la vérité.
00:12J'ai découvert le rap grâce à un boy's band
00:15qui s'appelait New Kid On The Block.
00:17J'avais dix ans à l'époque.
00:18Évidemment, j'étais amoureuse de l'un d'entre eux, Donny Wahlberg.
00:21Il faisait du breakdance, il rappait un petit peu.
00:23Lors d'une interview où j'allais trouver sur un papier
00:26de mon cher Donny Wahlberg, mon bien-aimé,
00:28voilà, il avait droppé le mot rap.
00:30Je me revois à l'âge de dix ans
00:32ouvrir un dictionnaire pour trouver le mot rap
00:35qui n'existait pas encore.
00:36J'ai grandi dans un petit village de 1500 habitants.
00:40Moi, j'étais en mode « Fight the power ».
00:41Je me prenais pour une meuf des gangs,
00:43des cribs et des bloods au milieu des vaches.
00:45Je me suis lancée très très jeune dans la musique.
00:47J'ai arrêté l'école à l'âge de 18 ans.
00:49J'ai eu la chance d'être embauchée dans une salle de concert.
00:52Manu Baron, le programmateur de l'époque, organisait,
00:55montait une équipe avec des jeunes passionnés de rap.
00:58Dans la salle de concert, il y avait des femmes
01:00qui faisaient de la prog, qui faisaient de la prod.
01:02En revanche, dans le rap, ça l'était beaucoup moins.
01:05J'avais 18 ans, 19 ans, et jusqu'à aujourd'hui, j'y pense pas.
01:08L'idée, c'est de bosser.
01:09Quand on est une femme, on sait qu'il faut bosser
01:11de toute façon dix fois plus.
01:12Quand on est autodidacte, il faut bosser dix fois plus.
01:14Quand on est non-blanche, il faut bosser dix fois plus.
01:17Bien sûr que je passe ma vie à être sous-estimée,
01:19y compris par des gens qui ne pensent pas être nos détracteurs.
01:22Je crois qu'ils sont pires qu'un grand réac déclaré.
01:26Eux, ils pensent être humanistes, mais en même temps,
01:27si toi tu parles un peu trop fort, ils vont te dire
01:29« Oh, tu m'agresses ! »
01:29Tu te dis « Mais non, j'ai juste rigolé en fait. »
01:31« Légendes urbaines », j'écris mes intros.
01:33Il y a beaucoup de gens qui me disent
01:35« Alors c'est supposé être un compliment ? »
01:36Eh, c'est super ! Qui écrit ?
01:39Eh ben c'est moi !
01:40C'est mon ghost.
01:41Moi, je fais de la zumba au quatrième étage,
01:42rendez-vous à 17h.
01:43Tu sais, t'as envie de répondre ça aux gens en fait,
01:45parce que, pourquoi vous vous étonnez en fait ?
01:47Pourquoi ce serait étonnant que je sache écrire ?
01:50On parle de misogynes noirs aujourd'hui.
01:52C'est pas une légende.
01:54D'abord, dès lors qu'on me sous-estime,
01:56je me demande si j'ai été à la hauteur.
01:58Peut-être que ces gens ont eu raison de me sous-estimer.
02:00Peut-être que peut-être, peut-être, peut-être.
02:01Et puis ensuite, tu décryptes face à qui tu te trouves.
02:05Et en effet, c'est hyper fourbe en fait.
02:08Et il faut être juste.
02:09C'est-à-dire qu'en fait, on ne peut pas tout mettre
02:11sur le compte de la misogynie ou du racisme.
02:12Et donc, il faut vraiment doser.
02:14Ça a été très, très, très difficile d'imposer
02:17« légendes urbaines » pour mille raisons.
02:20La première, parce qu'il est difficile
02:21d'avoir sa propre émission de télé.
02:24Et c'est vrai que c'était difficile de faire comprendre aux gens.
02:26Pourtant, le concept n'est pas innovateur.
02:28C'est un peu le Michel Drucker du rap.
02:30Ce qui est innovateur, c'est de donner la parole
02:31en toute bienveillance à un rappeur sur un média généraliste.
02:34De lui demander sa vie, son œuvre, la façon dont il a été élevé.
02:37Lui parler d'anecdotes de son enfance.
02:39Je réfléchis beaucoup, beaucoup à la justesse dans ma programmation.
02:42Et évidemment, à la mixité.
02:43L'équité géographique du monde francophone.
02:46Ça, c'est important.
02:47Si tu es une star dans ton pays,
02:49je considère que tu es une star.
02:50L'émission, comme son nom l'indique, s'appelle « Légendes urbaines ».
02:52Donc l'idée, c'est quand même que tu sois une légende.
02:53Il y a plein de rappeuses incroyables
02:55qui sont des reines sans couronne, finalement.
02:57Je ne fais des exceptions que pour les femmes.
03:00Et en effet, j'accueille bon nombre de rappeuses, d'artistes,
03:04parfois d'humoristes, qui n'ont pas les vues des hommes,
03:06les certifs des hommes.
03:07Mais si moi, à un moment donné, en tant que femme,
03:10je ne mets pas leur travail en avant,
03:12d'un seul coup, c'est le serpent qui se meurt à la queue.
03:13N'oubliez pas qu'on a plus de pouvoir qu'on ne le pense.
03:16C'est super dur de ne pas être pollué
03:20par les injustices de ce monde, par les guerres,
03:23par les réseaux sociaux.
03:24On n'est pas complètement impuissante et impuissant.
03:28C'est Walidia qui disait dans une interview
03:30qu'être enthousiaste aujourd'hui, c'est presque un acte de résistance.
03:34Et puis serrons-nous les coudes.
03:36Je ne sais plus qui disait ça, mais c'était quelqu'un de pas trop con.
03:38Seul, on va plus vite.
03:39Ensemble, on va plus loin.

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