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Retrouvez « Le billet de Lison Daniel » sur France Inter et sur : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-billet-de-lison-daniel

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😹
Amusant
Transcription
00:00Lisons, Daniel, aujourd'hui, vous êtes édite.
00:03Oui, Nicolas, vous vous souvenez, je suis conceptrice-rédactrice des textes que l'on trouve sur les catalogues
00:08des musées d'art contemporains, ainsi que sur les cartels des expositions.
00:11C'est moi qui fais en sorte que vous vous sentiez un peu bête, un peu inculte.
00:14Quand j'écris, par exemple, « L'œuvre confronte l'œil au carcan mimétique des
00:18images en mouvance » pour parler d'une télé noire et blanque écrisée au milieu
00:20d'une pièce de 100 mètres carrés, c'est pour vous faire un peu chier, en fait ! J'adore.
00:25Je suis là pour vous parler d'un événement qui est attrait au domaine de l'incommensurablement
00:30intéressant.
00:31Ce lundi 10 mars a commencé la première étape d'un manifeste sublime de la part
00:34du Centre Pompidou.
00:35Une déflagration dans la profession.
00:37Vous parlez de la fermeture prochaine pour travaux…
00:40Oh, votre naïveté vous rend tellement attachante, Léa.
00:43Non, le Centre Pompidou ne m'a pas fermée pendant plusieurs années pour des alimentages
00:47et rénovations.
00:48C'est l'exposition la plus radicale de leur histoire, vous comprenez ? Elle dura
00:52cinq ans.
00:53Cinq ans où les portes restent closes, cinq ans de salles vides, de murs monochromiques
00:57blancs.
00:58Cinq ans d'absence de visiteurs.
00:59Une sorte de quinquennal du vide où les seuils se refuseront au franchissement.
01:02Ne concédant aux visiteurs que l'antichambre liminaire, c'est-à-dire la boutique où
01:06il y a des jolies cartes postales.
01:07Une dialectique de l'absence.
01:08Ça ne vous rappelle rien, le vide, le monochrome ? Je serais mieux sur France Culture.
01:13C'est clain, enfin, en 58, avec sa salle d'exposition complètement vide.
01:16Mais avec un engagement plus poussé.
01:18Cinq ans de rien, avec pour seul lambeau de réflexion muséale, une nappe sonore composée
01:22des vocations de marteau-piqueur et de scie à bois.
01:24Et quelques artistes figurants, accessoirisant à l'envie le simulacre de leurs fausses
01:28fonctions d'ouvriers de BTP, avec gilets jaunes et chaussures de sécurité.
01:32Et dites pardon, je crois que vous vous trompez, il y a vraiment, il va vraiment y avoir des
01:35travaux et ils ont déjà fermé une partie du musée.
01:38Oui, ben ça va, Léa, ça va ? Vous n'avez pas échappé ? Vous ne pouvez pas me laisser
01:42deux minutes dans mon déni ? C'est fou cette manie de toujours chercher la vérité.
01:45Vous prenez pour qui ? Vous ne croyez pas que ça me fout en l'air ? Le centre Pompidou,
01:48je visite tout, je connais la collection permanente par cœur, je vois les expositions
01:51temporaires avant les autres, je fais mes rendez-vous là-bas, la sieste à la BPI.
01:54Mais ne me regardez pas comme ça, Claude.
01:56Oui, je vis là-bas, d'accord ? J'ai un petit 4m2 au troisième étage, dans un gros
01:59tuyau de soufflerie, à côté des chagalls.
02:01J'ai tout mon bazar, ils me laissent y vivre, en échange j'écris les textes pour enfants.
02:06La performance de « Roi du silence » inspirée des œuvres de Marina Anomavrovitch pour les
02:093-5 ans, c'était moi.
02:11Mais à partir de septembre tout ferme, je fais comment, moi ? Je profite donc du million
02:14d'écoutants pour demander.
02:15Vous n'avez pas des plans à part ? J'ai juste besoin d'un salon et d'une chambre,
02:19pas de cuisine, je ne mange jamais.
02:20Et si possible, un endroit atypique fait par un architecte un peu reconnu.
02:23Ça fait 15 ans que je vis dans un bâtiment fait par Piano et Rogers, c'est pas pour
02:26aller me foutre dans un faubourgien bas de plafond avec des meubles de chez Jiffy, vous
02:29voyez ce que je veux dire.
02:30Ah, bon entendeur, salut !

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