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00:00Bonsoir à toutes et à tous. Bientôt 3 ans que les troupes russes ont envahi l'Ukraine.
00:08Journée spéciale sur France Info demain. Et ce soir, dans l'Invité Éco, on va prendre
00:13le pouls de l'économie ukrainienne avec un témoin de premier ordre. Bonsoir Carlos
00:17de Cordou. Bonsoir. Vous êtes à la tête du Crédit Agricole Ukraine, en poste là-bas
00:22depuis 2020. C'est la plus ancienne banque étrangère en Ukraine, fondée en 1993, donc
00:28juste après l'indépendance, à l'époque par le Crédit Lyonnais à Kiev. Elle a rejoint
00:32le giron du Crédit Agricole en 2024. Cela fait donc bientôt 3 ans que la Russie a envahi
00:39l'Ukraine. Est-ce que ça signifie pour autant que l'économie est à l'arrêt ?
00:43Écoutez, c'est un peu contre-intuitif, mais l'économie est en croissance en Ukraine.
00:49Elle est en croissance parce qu'elle est tirée par certains secteurs importants pour
00:55le pays. L'agriculture, bien entendu, mais aussi évidemment les industries de défense,
01:02et en particulier une industrie intéressante qu'est l'industrie du drone, qui s'est développée
01:07de façon d'ailleurs assez incroyable en Ukraine, puisque c'est un écosystème de
01:11start-up qui ont créé cette activité industrielle, et qui font que l'Ukraine aujourd'hui est
01:18le premier producteur mondial de drones. Et pas seulement dans le domaine de la défense.
01:22Essentiellement tirée par la défense, puisque ces start-up travaillent directement avec le front
01:27et adaptent leurs drones aux besoins de l'armée.
01:33Alors, ça veut dire que votre activité, l'activité bancaire, j'ai dit que vous êtes
01:37arrivé en 2020, donc juste au début du Covid. Quand vous dites qu'elle est en croissance,
01:43elle est en croissance par rapport à cette période de 2020, ou elle est en croissance tout court ?
01:48Il y a eu un gros choc avec la guerre, un petit peu comme le Covid,
01:53moins de 30% d'activité, comme ça le choc de début. On a commencé à reprendre, petit à petit,
02:00et puis là maintenant on est dans une tendance assez régulière de croissance,
02:04donc c'est 3,5% l'an dernier, et on anticipe à nouveau entre 3 et 4% cette année.
02:09Avec des investissements qui viennent essentiellement d'ailleurs, ce sont des investissements étrangers ?
02:16Assez peu d'investissements étrangers pour le moment, un petit peu, mais pas ce qu'on pourrait attendre.
02:22Les étrangers sont encore un peu frileux par rapport à la situation,
02:26mais c'est plus les entreprises ukrainiennes qui, en réalité, ont retrouvé de la profitabilité
02:33et réinvestissent dans le pays.
02:35Donc c'est-à-dire que vous, vous avez une activité bancaire assez solide aujourd'hui.
02:40Je vois ici sur votre site internet, celui du Crédit Agricole, au début du conflit,
02:45vous disiez que la priorité, c'était évidemment la sécurité des collaborateurs,
02:49vous en avez 2200 en Ukraine, et l'adaptation et la sécurisation du modèle et des services à la clientèle.
02:56Vous avez fermé 13 agences de mémoire sur les 140 que vous comptez en Ukraine.
03:02Aujourd'hui, est-ce qu'on en est toujours là, ou est-ce que vous avez repris une activité à peu près normale ?
03:06Alors, l'activité en agence est absolument normale aujourd'hui.
03:09Vous avez rouvert les 13 agences que vous aviez fermées en territoire russe ?
03:12Non, c'est celles qui sont en territoire occupé, évidemment, c'est perdu.
03:15D'ailleurs, certaines d'entre elles ont été réinvesties, et aujourd'hui portent des enseignes banque russe.
03:20Donc ça, c'est perdu.
03:22C'est perdu temporairement, ou... ?
03:24Il faudrait que l'Ukraine récupère les territoires occupés, mais ce n'est pas du tout la tendance aujourd'hui.
03:31En tout cas, ces agences, elles ont été fermées.
03:33Les 2200 collaborateurs que vous comptiez au début de la guerre, est-ce que vous les comptez toujours ?
03:38Est-ce qu'ils sont sur le fond ? Comment ça se passe concrètement ?
03:40On les compte toujours. Beaucoup qui étaient à l'étranger, en particulier en Pologne, sont revenus en Ukraine,
03:44notamment les femmes avec leurs enfants sont revenus, beaucoup sont revenus.
03:48C'est-à-dire qu'elles avaient quitté l'Ukraine au début de la guerre, et elles sont revenues ?
03:52Elles avaient quitté l'Ukraine au début de la guerre, voilà, et puis après un an, deux ans, elles ont décidé de revenir, en réalité.
03:56Et puis, il y a l'autre aspect qui est la mobilisation, qui, pour le moment, a un impact assez faible sur l'équipe.
04:03C'est-à-dire qu'on a 60 collaborateurs qui sont sur le front, ce sont surtout des volontaires qui sont partis sur le front au début de la guerre.
04:10On a eu assez peu de mobilisation. On a eu une quinzaine d'hommes qui ont été mobilisés, qui sont aujourd'hui mobilisés sur notre fonctionnement.
04:19Et qui restent des salariés du Crédit Agricole.
04:21Alors, on continue à leur verser un salaire, oui, absolument.
04:24Alors, vous avez commencé à le dire, une des activités de l'Ukraine et du Crédit Agricole, ça tombe bien, c'est l'agriculture.
04:33Le Crédit Agricole est la banque de l'agriculture avec plus de 620 millions d'euros de prêts.
04:38Ça permet de maintenir l'activité agricole, l'exportation de céréales, de volailles ?
04:43Absolument. Alors, on a eu un gros choc au début de la guerre, en particulier parce que la mer Noire était fermée.
04:48On ne pouvait plus... Donc, le corridor de sortie des céréales était bloqué.
04:51Donc, il y a eu ce fantastique mouvement de logistique pour réorienter, malheureusement, beaucoup vers l'Europe, à l'époque.
05:01Aujourd'hui... Malheureusement, parce que, évidemment, ça a eu un impact qui était assez brutal sur les pays européens.
05:08Aujourd'hui, le corridor de la mer Noire est réouvert. C'est un des grands succès militaires de l'Ukraine, d'ailleurs.
05:13Ça a été de repousser la flotte russe dans les confins de la mer Noire.
05:18Le corridor est donc libéré. Et donc, c'est toute la filière agricole qui est oxygénée.
05:24Et donc, les produits peuvent sortir. En plus de ça, on a deux années où les rendements agricoles ont été plutôt bons.
05:29Et en plus de ça, on a des prix agricoles qui se tiennent bien, en particulier cette année.
05:32Donc, les fermiers ont retrouvé le sourire, j'allais dire.
05:35— Donc, c'est plus du soutien à l'économie, parlons de vous couper Carlos de Cordou.
05:39Mais c'est-à-dire que c'est une activité qui reprend vraiment.
05:42Ça se voit dans les investissements. Ça se voit dans l'agriculture.
05:45Est-ce que ça se voit également dans les prêts à la consommation ?
05:49Est-ce que les ménages ukrainiens recommencent à effectuer des prêts pour faire des achats immobiliers, pour acheter des voitures ?
05:57Je vois que vous êtes aussi très actif dans le prêt automobile.
06:01— Oui, on est leader, en fait, du financement automobile en Ukraine. Et donc on a vu les ventes d'automobiles reprendre.
06:06On n'est pas encore au niveau d'avant-guerre, mais on n'est pas loin.
06:09Et donc notre activité de prêts aux particuliers a bien repris.
06:15La consommation, d'une façon générale, est repartie. On parle de plus de 10% à peu près l'an dernier.
06:23Vous avez par exemple des entreprises françaises dans les cosmétiques qui se portent très très bien.
06:27La cosmétique s'est développée, se développe.
06:30— Donc ça veut dire, Carlos de Cordou, que de votre prisme à vous, celui d'un banquier en Ukraine, on n'est plus en économie de guerre.
06:38— Là encore, on parlait des industries de défense. Il y a une industrie qui s'est développée pour soutenir l'effort de guerre.
06:49Mais c'est vrai que, loin de la ligne du front, l'économie fonctionne de façon assez normale.
06:55J'étais dans l'ouest de l'Ukraine la semaine dernière. On a rencontré une quarantaine de chefs d'entreprise qui se portent très bien,
07:02qui investissent et qui continuent. Donc oui, il y a effectivement une espèce de dichotomie entre cette vision qu'on peut avoir de loin...
07:12— Vu de Paris. — ...et puis cette économie réelle qui continue à se développer.
07:15— Alors en même temps, les réunions de crise, vous l'avez entendu, entre pays européens se succèdent à l'Élysée,
07:20quand les Américains et les Russes se sont rencontrés à Riyad, en Arabie saoudite.
07:24Donald Trump promet des pourparlers à venir sans le président ukrainien, Vladimir Zelensky.
07:29Qu'est-ce que ça vous inspire ? Et qu'est-ce que vous entendez depuis Kiev, dont vous arrivez hier ?
07:35— Bah écoutez, les Ukrainiens, vous savez d'abord un, ils sont assez réalistes. Donc ils comprennent bien la situation.
07:42Ils voient aussi des propos outranciers qui sont tenus par... Voilà. Ils veulent faire partie des négociations. Ça, c'est certain.
07:53Et vous savez, l'essentiel pour eux, c'est de construire des accords de sécurité solides derrière cette négociation.
07:59Ça, c'est l'aspect le plus important. Ils veulent pas que ce qui s'est produit il y a 3 ans se reproduise dans 4 ans ou dans 5 ans.
08:07— Merci beaucoup, Carlos de Cordou, directeur général du Crédit agricole en Ukraine, invité Éco de France Info ce soir.
08:14— Merci.

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