"Dès qu'on voit une personne qui est arabe, forcément, elle est musulmane. Et puis, si elle porte une barbe, c'est qu'elle est forcément extrémiste”.
Donia Ismail, journaliste et créatrice du podcast ”Je ne suis pas raciste, mais”, s'est penché sur la façon dont la représentation et la perception des minorités dans l'espace médiatique alimentent les stéréotypes racistes de la société.
Donia Ismail, journaliste et créatrice du podcast ”Je ne suis pas raciste, mais”, s'est penché sur la façon dont la représentation et la perception des minorités dans l'espace médiatique alimentent les stéréotypes racistes de la société.
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00:00Merwan a juste parlé de football avec un bonnet et une barbe.
00:02Le procédé de déterrage des tweets, il est vraiment commun
00:05lorsqu'on a affaire à une polémique raciste parce que
00:08finalement, il faut bien légitimer et expliquer
00:11ces attaques racistes.
00:13Dès qu'on voit une personne qui est arabe, forcément elle est musulmane
00:16et puis si elle porte une barbe, c'est qu'elle est forcément extrémiste.
00:19C'est quand même des raccourcis et des amalgames
00:23qui sont très très très très très dangereux.
00:26Merwan Belhazar est un humoriste français qui était chroniqueur,
00:30qui était l'invité de C'est à vous le 31 janvier dernier
00:34et pour lequel il a fait une chronique dont personne ne parle
00:36en réalité du contenu de cette chronique mais plutôt de son accoutrement.
00:40Parce que Merwan portait une barbe qui était assez grande
00:44et un bonnet qui apparemment serait un bonnet islamiste
00:47slash salafiste slash plein de histes et qui en réalité est un bonnet Zara.
00:51Son suite aussi a dérangé parce qu'on l'a comparé à une gel là-bas
00:54donc le problème c'est pas son accoutrement en tant que tel,
00:58c'est le fait qu'il porte lui en tant qu'arabe cet accoutrement.
01:01Et en fait ça renvoie dans l'imaginaire collectif malheureusement
01:05à des représentations ou à ce qu'on imagine être un islamiste
01:10et donc une personne qui serait une menace pour la République.
01:13Et c'est beaucoup plus large que juste Merwan
01:16parce qu'en réalité il y a plein d'autres personnes qui ont subi ce genre d'attaque
01:20du fait de leur couleur de peau ou de leur appartenance
01:23ou de leur soi-disant appartenance.
01:25Ebony elle s'est faite insulter de tous les noms juste parce qu'elle est noire.
01:28Elle a déclenché des passions hors normes sur les réseaux sociaux
01:33et pareil de la part de personnalités publiques.
01:35Mais c'est aussi il y a quelques années Menel qui arrive sur The Voice
01:40et qui provoque une polémique sans précédent parce qu'elle porte un foulard,
01:44un foulard en turban et qu'on n'accepte pas qu'une femme qui porte le foulard puisse chanter
01:49puisqu'en fait on n'accepte pas qu'elle soit visible.
01:51Et en réalité c'est ça qui pose problème aussi dans l'affaire et dans la polémique Merwan,
01:55c'est qu'on n'accepte pas que ces personnes-là,
01:58donc les personnes dites racisées dans le cadre de Merwan Arab,
02:01soient visibles à la télé et soient encore plus en position de représentation
02:06sur une chaîne publique comme France 5.
02:09On les tolère peut-être dans l'intime lorsqu'ils rangent des bureaux, font le ménage,
02:16mais les voir à la télé, les voir en capacité de s'exprimer, d'affirmer une opinion,
02:21même sur le football, c'est ça qui dérange profondément.
02:24Et ce qui est vraiment fou c'est vraiment qu'un bonnet et une barbe déclenchent tout ça.
02:28C'est son arabité qui dérange.
02:29Il y a plein de chroniqueurs à la télé et à la radio qui ont des barbes et des bonnets
02:33ou des suites un peu larges et qui sont blancs et pourtant ça ne dérange pas.
02:36C'est parce qu'en fait automatiquement on l'associe à ce qu'on imagine être une menace pour la France
02:41et en fait ce qui est une menace pour la France, pour ces gens-là, c'est les musulmans.
02:44Qu'est-ce que ça veut dire salafiste islamiste ?
02:46En fait, c'est des mots qui font peur.
02:48On lui accole un imaginaire de force.
02:50Par exemple, c'est ce que Pascal Praud a dit.
02:52Un bonnet et une barbe, c'est quand même assez fou d'en arriver là.
02:55C'est-à-dire que c'est une étape importante de la conquête islamiste en France.
02:58Merwan a juste parlé de football avec un bonnet et une barbe.
03:01D'ailleurs, il le dit lui-même dans sa vidéo de 12 minutes.
03:03Il met un bonnet parce qu'en fait il a une calvitie.
03:05Puis la barbe, il la met parce que peut-être il aime les barbes aussi fort, je ne sais pas.
03:08Dès qu'on voit une personne qui est arabe, forcément elle est musulmane
03:11et puis si elle porte une barbe, c'est qu'elle est forcément extrémiste.
03:14C'est quand même des raccourcis et des amalgames qui sont très, très, très dangereux.
03:19Si Merwan avait été blanc, on ne l'aurait jamais comparé à un islamiste.
03:23Le procédé de déterrage des tweets, il est vraiment commun lorsqu'on a affaire à une politique raciste.
03:28Lorsqu'on a dit que Merwan était un islamiste radical salafiste, il fallait bien le prouver.
03:33Parce qu'en réalité, très vite, tout le monde s'est dit
03:34« Non, en fait, ce que vous faites, c'est juste du contrôle au fascisme. »
03:37Vous l'avez vu, c'est un arabe.
03:39Il a juste un bonnet Zara, une barbe peut-être mal taillée, mais une barbe.
03:43Ce que vous faites, c'est du racisme.
03:44Là, pour le coup, c'est très simple de l'expliquer.
03:47C'est facile.
03:48Mais donc, il faut bien expliquer pourquoi on est partis attaquer Merwan.
03:51Et donc, le plus simple, c'est toujours d'aller déterrer les tweets.
03:53Et ça, c'est un procédé qu'on a pu voir à plein d'occasions.
03:57Je reviens sur Menel.
03:58C'est lorsqu'elle est arrivée sur The Voice et qu'elle a juste chanté pour le coup.
04:04Directement, on est parti voir ses tweets parce qu'il fallait expliquer
04:07pourquoi cette femme-là ne pouvait pas apparaître à la télé.
04:10Et par exemple, c'est la même chose aussi pour Bilal Hassani.
04:13Lorsque Bilal Hassani a été choisi pour représenter la France à l'Eurovision,
04:16le premier truc qui a été fait, la première chose qui a été faite,
04:19de la part de l'extrême droite, mais pas que,
04:22c'est d'aller sur son ancien Facebook, sur son ancien Twitter,
04:25pour évidemment déterrer des tweets qui pouvaient être racistes ou pas,
04:29mais rien vraiment qui pouvait justifier ces attaques-là.
04:35En fait, ce procédé, il est destiné à une seule chose,
04:38c'est-à-dire à piétiner ces gens-là et surtout à expliquer
04:41pourquoi on se déchaîne et on s'acharne sur eux.
04:43C'était pensé, parce que c'est une logique raciste,
04:46pour aller déterrer des tweets.
04:47On n'a rien trouvé.
04:48Ce qui s'est passé, c'est qu'on a sorti quelques tweets qui sont des blagues,
04:52on les a sortis de leur contexte.
04:53Et après, quand on parle avec des personnes qui pourtant défendaient au début Merwan,
04:59ils vont vous dire directement,
05:00ah mais j'avoue, c'est quand même chaud ce qu'il a dit sur Twitter.
05:03Oui, mais en fait, on oublie que ce procédé-là est totalement raciste.
05:06Il vise à décrédibiliser les personnes que l'on attaque
05:09pour justifier cette horde raciste qu'ils ont subie.
05:12Et en fait, c'est ça le problème.
05:14Encore une fois, c'est quelque chose de très ficelé
05:17et c'est un procédé qui revient sans cesse, sans cesse, sans cesse.
05:21Évidemment, il y a certains tweets,
05:22on peut se dire que c'est des blagues de très mauvais goût.
05:24Mais en fait, moi, ce qui me dérange, c'est le deux poids deux mesures.
05:27Il y a quelques jours, Libération a sorti un dossier spécial
05:30et une enquête sur des propos de Yann Moix et Gérard Depardieu,
05:34des propos homophobes, misogynes,
05:37que les deux hommes auraient tenus en Corée du Nord.
05:39Là, pour le coup, on n'a pas entendu grand monde se lever.
05:41Alors que c'est des vidéos, ce sont des propos qui sont gravissimes.
05:46Par contre, on se lève contre une blague de mauvais goût
05:50sur un coursier du PS qui n'est jamais passé.
05:52Et en fait, c'est ça, encore une fois, le deux poids deux mesures.
05:54Quand ce sont deux hommes blancs qui sont, pour le coup, très, très bien,
05:57dont leur pouvoir est bien assis en France,
05:59on peut dire que c'est de mauvais goût et passer à autre chose.
06:04Quand c'est Merwan et ses tweets qui sont sortis de leur contexte,
06:07parce que, par exemple, les personnes qui discutaient avec lui à cette époque-là
06:11ont bien avoué que ça a été sorti du contexte et que c'était des blagues,
06:15là, c'est plus compliqué, on n'arrive pas à passer au-dessus.
06:17Et on a, à l'Assemblée et au Sénat,
06:19des députés et des ministres, donc Rachida Dati, qui lisent ses tweets.
06:23Donc c'est ça aussi le deux poids deux mesures,
06:25c'est à quel point, quand il y a une personne arabe,
06:26en fait, on n'a pas le droit à l'erreur
06:29et on n'a pas le droit de respirer, finalement.
06:30On a bien appris de la polémique de Merwan,
06:32parce que quelques jours après, on a eu la même polémique,
06:35le même procédé totalement raciste avec Dimi Mohamed, qui est médecin
06:38et qu'on entend beaucoup à la radio et à la télé,
06:41parce qu'il a parlé de manger avec les mains.
06:43Et que, pareil, on a crié aux méthodes islamistes,
06:47de grands remplacements, qui est, je le répète,
06:50une théorie du complot totalement raciste.
06:52Ça montre à quel point il suffit qu'une personne racisée, arabe,
06:57et en plus, qui potentiellement pourrait être musulmane,
07:00parce que, évidemment, tous les Arabes ne sont pas musulmans,
07:02apparaissent à la télé pour qu'elle soit disqualifiée.
07:04Et disqualifiée de la pire des manières,
07:05c'est-à-dire dans la décrédibilisation de son travail.
07:07C'est très compliqué de vivre à l'aise dans ce pays
07:10quand on a tous les jours des polémiques racistes islamophobes.
07:14Et aussi, en fait, ça sert à un agenda politique,
07:18parce qu'en fait, c'est juste le signe d'une extrême droitisation
07:21du paysage politique et médiatique.
07:23Ce genre de polémiques, en fait, éclipse totalement les débats de fond
07:27qu'on a besoin, en fait, de faire émerger en France.
07:30On est à une période hyper tendue politiquement.
07:33On a eu la dissolution il n'y a pas longtemps.
07:35On a à peine une loi budget 2025.
07:38Donc, je pense qu'il y a beaucoup plus, de manière générale,
07:41même les médias ont beaucoup plus de choses à faire
07:44que d'alimenter une polémique sur Merouane.
07:47À un moment donné, on arrivera à avancer un tout petit peu
07:49quand on comprendra que, dans ce pays,
07:51il y a bien des personnes racisées et, là, dans ce cas-là,
07:55des personnes arabes qui sont françaises, en fait,
07:57et qui sont nées ici et qui vont être amenées à évoluer
08:00et à apparaître à la télé, à apparaître à la radio
08:03et à prendre de plus en plus des postes importants.
08:05OK, nos parents courbaient les Chines, comme beaucoup disent,
08:08et travaillaient des métiers ingrats.
08:10Mais à un moment donné, nous, on a grandi ici.
08:12Donc, on prend nos places.
08:14Et ce ne sont pas des polémiques qui vont arrêter ce changement-là.