• l’année dernière
« Il était mon ennemi d’enfance », Eve-Marie Zizza-Lalu, directrice de la rédaction du magazine Régal, se confie sur sa relation ambivalente entre elle et le compagnon de sa mère : Paul Bocuse.

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Transcription
00:00Lui se considérait comme mon beau-père, très clairement.
00:03Moi je n'avais pas envie de le considérer comme ça, mais lui, il se considérait comme mon beau-père.
00:09Bonjour, je suis Eve-Marie Zizalalu, directrice de la rédaction du magazine Régal,
00:14et cette année, je viens de publier un récit très personnel qui s'intitule « Bocuse malgré moi »
00:19et qui raconte l'histoire d'une petite fille, qui est moi-même,
00:26face à l'arrivée de Paul Bocuse dans ma vie et dans la vie de ma mère.
00:31Il n'y a pas vraiment de mots pour qualifier la relation qui me liait à Paul Bocuse,
00:36puisque je ne pouvais pas dire vraiment que j'étais sa belle-fille,
00:39dans la mesure où il n'était pas installé, probablement parlé, chez nous.
00:44Ma mère était donc la troisième femme, enfin la troisième compagne de cet homme,
00:50puisqu'il était polygame assumé, et il avait une femme, la mère de son fils, et ma mère,
00:55avec qui il partait en voyage pour conquérir le monde.
00:59À un moment, j'ai le sentiment de devenir la mère de ma mère,
01:02tout simplement parce que j'ai besoin de prendre soin d'elle,
01:06je m'aperçois qu'elle a besoin d'être accompagnée, qu'elle subit la présence de cet homme,
01:11moi j'ai le sentiment d'être un chevalier qui doit la défendre.
01:14Ça me fait penser à une phrase de Sacha Guitry qui dit « Mon père est un grand enfant que j'ai eu quand j'étais tout petit ».
01:19La notion d'ennemi d'enfance, elle est apparue progressivement,
01:22et j'ai trouvé que ce lien entre ennemi et enfance traduisait bien la complexité de la relation.
01:30Il y a un lien très fort, parce qu'il se crée justement dans l'enfance,
01:35où les émotions sont exacerbées, où tout est aussi intériorisé,
01:41et donc cette situation-là, enfin cette expression « ennemi d'enfance »
01:45traduit toute la complexité de la relation que j'avais avec cet homme à l'époque.
01:50Il y a une anecdote, aujourd'hui ça paraît une anecdote,
01:54mais à l'époque moi je le ressentis très très vivement,
01:57c'est le moment où mon pseudo-beau-père, celui que je pouvais considérer comme un beau-père,
02:03voulait m'embrasser, me faire un bisou sur la joue.
02:06Et en fait ce moment-là, je le ressentais comme une violence et une intrusion inouïe dans mon intimité,
02:12et donc je me souviens très bien de cette sensation du bisou mouillé, désagréable,
02:18qu'on a envie d'essuyer, qui a en plus une odeur,
02:21tout ça c'est quelque chose de très intrusif.
02:25Les choses ont changé aujourd'hui,
02:28le consentement de l'enfant est requis pour ce genre de choses,
02:34en tout cas dans la plupart des familles.
02:35Je crois qu'il y a vraiment une différence entre les années 70,
02:39où les enfants vivaient un petit peu, grandissaient un petit peu par eux-mêmes,
02:43c'était aussi cette notion de liberté,
02:46donc on avait l'impression qu'il n'y avait pas forcément besoin de communiquer,
02:49ça poussait tout seul en quelque sorte.
02:51Et aujourd'hui, au contraire, la parole a de l'importance, les parents communiquent,
02:57mais en fait à l'époque les parents n'avaient pas les outils,
03:00ils n'étaient absolument pas outillés pour ça,
03:03donc ils n'auraient pas pensé du tout que c'était important,
03:06ils ne savaient pas, il y avait une forme de pudeur aussi.
03:08Donc il ne valait mieux pas dire parce qu'on ne savait pas comment le dire.

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