Le Ministre de l'Intérieur et des Outre-Mer Gérald Darmanin revient sur la tentative d'incendie de la synagogue de Rouen.
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00:00 Je suis à Rouen ce matin à la demande du président de la République, d'abord pour adresser mon soutien le plus important à la ville de Rouen,
00:09 monsieur le maire, pardon, et bien sûr aux Juifs de Rouen et à travers monsieur le président à tous les Juifs de France,
00:17 pour qualifier ce que politiquement, je me permets de le faire non juridiquement, ce qui est évidemment un acte antisémite
00:25 qui s'en prend à un lieu sacré pour la République. C'est un lieu de culte, une synagogue. Nous avons à plusieurs reprises eu l'occasion d'alerter
00:33 – en lien parfait, je crois, avec la communauté – des violences nombreuses que connaissaient nos compatriotes juifs,
00:39 inacceptables, ignobles, pour lesquelles la République met des moyens considérables mais justes pour protéger les femmes et les hommes,
00:46 et bien évidemment les bâtiments, qu'il s'agisse des lieux de culte, qu'il s'agisse des écoles ou des commerces communautaires.
00:53 Ici, cet acte antisémite à Rouen nous touche tous profondément. Et je veux redire en cette veille de shabbat que nous sommes
01:04 au ministère de l'Intérieur extrêmement déterminés à continuer à protéger l'intégralité où qu'il se trouve des Juifs de France
01:11 qui doivent pratiquer leur religion sans peur, sans crainte, et qui trouveront toujours des policiers, des gendarmes,
01:18 des policiers municipaux pour les protéger intégralement, parce qu'il n'y aura pas plus heureux qu'un croyant en France
01:24 et pas plus heureux qu'un Juif en France, M. le Président. Ce matin très tôt, donc, je suis très fier d'être ministre de l'Intérieur,
01:33 puisque comme j'ai eu l'occasion de le dire à M. le maire, que je remercie pour son soutien et grâce aux moyens de vidéo
01:39 protection de la ville également, comme j'ai remercié également le président du Conseil départemental pour l'action des sapeurs-pompiers,
01:45 ce matin très tôt, des policiers très courageux sont intervenus pour aider les sapeurs-pompiers qui, quelques secondes après le début de l'incendie,
01:54 sont intervenus pour éteindre le plus possible le feu, sauver ainsi, je crois, l'essentiel, Mme la présidente du lieu de culte à Rouen.
02:02 Des policiers ont sécurisé non seulement l'intervention des pompiers, mais ont fait face à un individu particulièrement dangereux,
02:11 particulièrement violent, qui procure la réplique et l'occasion de faire un point sur l'enquête, s'en est pris à eux et les menacé physiquement.
02:18 Et je veux saluer ici d'abord la grande réactivité de la police nationale tôt ce matin. Remercions M. le préfet et la police nationale d'appliquer
02:26 les consignes que j'ai données voilà plusieurs mois de patrouille à proximité des lieux de culte. Ce lieu de culte n'était pas ouvert,
02:34 ce qui expliquait pourquoi il n'y avait pas de présence physique. Mais il est évident que même lors des moments où les choses sont enfermées
02:41 sans personne, les patrouilles doivent rester extrêmement vigilantes, ce qui a été le cas très tôt ce matin ici à Rouen.
02:47 Et donc j'en félicite tous les représentants de la République d'application de ces instructions strictes. Et en quelques secondes,
02:53 donc, la police par deux patrouilles est arrivée à quadriller le site. Et cet individu, sans doute après avoir mis le feu, l'enquête le dira,
03:02 a foncé avec un couteau extrêmement important sur un jeune policier adjoint de 25 ans qui, de ce que j'en sais, et je voudrais le dire en tant que chef,
03:13 a été extrêmement courageux, extrêmement professionnel. Moi, je voudrais le féliciter ici et lui dire qu'il sera décoré par la République
03:22 pour son soutien à la protection des lieux de culte et des personnes. Il a fait usage de son arme administrative. Et je veux dire qu'il a eu raison de le faire,
03:31 parce que lorsque des policiers ou des gendarmes sont menacés de mort par des gens extrêmement dangereux, quand ils menacent la République,
03:40 quand ils menacent les Juifs de France, quand ils menacent les femmes et les hommes qui habitent en France, les policiers et les gendarmes ont raison,
03:46 d'après la loi, le code de déontologie de la police nationale, d'utiliser leur arme et de ne pas hésiter à se protéger eux-mêmes et à protéger les autres.
03:54 Ce que je veux dire, c'est que cette personne, dans sa vie administrative, est un citoyen qui n'est pas français. Il est d'origine algérienne, de ce que j'en sais.
04:05 Il a déposé une demande en préfecture de Seine-Maritime en 2022 de titre de séjour étranger malade, ce qui permet à des citoyens étrangers
04:14 d'avoir un titre de séjour pour se faire soigner en France selon certaines pathologies. Nous avons refusé ce titre de séjour étranger malade
04:21 après consultation d'un médecin, qui ne dépend pas du ministère de l'Intérieur, de l'OFI. Et nous lui avons signifié qu'il ne pouvait pas avoir ce titre de séjour.
04:29 Il a alors fait l'objet d'un arrêté de reconduite à la frontière, même s'il n'est connu ni des fichiers de renseignement pour radicalisation,
04:37 c'est-à-dire qu'il n'était pas fiché S, ni – je crois – en ce qui concerne le ministère de l'Intérieur, connu des services de police,
04:42 mais je crois, M. le procureur, que vous avez précisé qu'il n'était pas non plus connu pour des faits de justice. Il a fait un recours,
04:48 ce qui lui permet le droit, bien évidemment. Et fin janvier dernier, ce recours n'a pas abouti. Et le tribunal a donné raison au ministère de l'Intérieur.
04:57 Il était alors inscrit au fichier des personnes recherchées. Ce que je veux donc dire, c'est que l'ensemble du ministère de l'Intérieur a très bien fait son travail.
05:05 Et depuis quelques semaines, il a été recherché par les forces de l'ordre. S'il avait été interpellé, on aurait évidemment mis cette personne
05:14 en centre de rétention administrative pour une expulsion envers son pays d'origine. Mais il n'avait pas été contrôlé par ces forces de l'ordre.
05:19 Je crois que sa situation d'ailleurs personnelle fait qu'il n'avait pas d'adresse indiquée de ce que j'en sais.
05:24 Donc je veux dire que les forces de l'ordre, non seulement dans leur intervention, étaient exemplaires et que je félicite également M. le préfet
05:30 pour avoir fait un traitement administratif d'une personne qui n'était pas connue pour être dangereuse, qui n'était pas connue des services de police,
05:36 et de ne lui avoir pas accordé de titre de séjour alors qu'il était manifestement animé de mauvaise intention sur le territoire national.
05:43 Je voudrais terminer par dire, avant de répondre à vos questions, que je veux redire à la communauté juive de France que nous savons que les menaces
05:50 sont importantes. Je ne connais pas les motivations exactes de cet individu. L'enquête le dira. Mais quelles que soient les menaces qui pèsent sur la communauté juive,
05:59 ils doivent savoir qu'ils sont protégés et que le ministère de l'Intérieur met tous les moyens – et encore une fois, partout sur le territoire national –
06:09 pour protéger la communauté juive. Des moyens financiers, des caméras installées parfois par les lieux de culte elles-mêmes, ce qui était le cas ici,
06:16 dans cette synagogue, mais aussi en policiers, en gendarmes, en militaires d'opération Sentinelle, et que je vais renouveler cet après-midi à tous les préfets
06:25 que je réunis lors d'une visio qui était d'ailleurs prévue pour justement préparer ce week-end. Je renouvelle évidemment mes consignes les plus strictes
06:34 de présence policière et de gendarme, et surtout de réactivité, comme ils l'ont fait pour protéger les lieux de culte et les personnes.
06:42 Avez-vous des questions ?
06:43 – Est-ce que Rouen faisait l'objet de vos surveillances particulières ?
06:47 – Non. Rouen n'avait aucune information, mais était remontée dans les services de renseignement, qu'ils soient de la DGSU, des renseignements territoriaux,
06:55 sur un quelconque acte à Rouen. Vous savez la difficulté, et moi je qualifierais pas particulièrement juridiquement ce qui s'est passé.
07:03 Ce n'est pas moi qui le qualifie, mais la difficulté des personnes qui commettent des actes qu'on pourrait qualifier de terroristes ou antisémites,
07:10 qui viennent bousculer l'édifice républicain. Ce sont souvent une menace qu'on appelle endogène dans les services de renseignement.
07:17 C'est-à-dire des gens qui sont parmi nous, qui ne sont pas reliés très souvent à un organe terroriste organisé, qui ne touchent pas spécialement de l'argent,
07:25 qui n'ont pas des armes très élaborées. Parce que je rappelle que 60% des attentats ou tentatives d'attentats, sans pouvoir qualifier celui-ci comme tel,
07:34 mais pour vous donner un exemple, c'est avec le couteau. C'est-à-dire une arme extrêmement facile à obtenir et qui est par ailleurs légale.
07:40 Chacun sait qu'on peut avoir des couteaux chez soi. Et ces personnes et ces individus qui sont souvent radicalisés eux-mêmes,
07:47 je ne sais pas si c'est le cas de cette personne, passent à l'acte dans des conditions extrêmement difficiles à connaître pour les services de renseignement.
07:53 Pour autant, je rappelle que depuis 2017, nous avons déjoué 74 attentats d'individus par nature difficiles à détecter.
08:03 Les menaces plus organisées, tels l'attentat que nous avons connu au Bataclan voilà quelques années, ou celui que connaît par exemple la Russie récemment,
08:12 qu'on appelle les menaces exogènes, des gens de l'extérieur qui s'organisent avec des financements, avec des armes lourdes et qui interviennent,
08:19 ce qui est évidemment toujours possible, pour lequel nous travaillons. Évidemment, j'ai eu l'occasion de dire que la menace terroriste était très forte en France,
08:26 très forte en Europe et très forte en France, mais que nous n'avons pas aujourd'hui de signaux ou de renseignements qui montrent qu'ils souhaitent toucher un lieu en particulier,
08:36 et notamment la ville de Rouen. Donc la ville de Rouen n'était pas concernée, bien évidemment. Mais on sait qu'ils ont l'intention de le faire.
08:41 En ont-ils les moyens ? C'est un autre sujet pour lequel travaillent nos services. Je voudrais terminer par dire, et c'est pour moi très important,
08:49 que de l'évoquer, que l'organisation même de nos services de renseignement désormais, le travail quotidien des services de renseignement avec ce qu'on appelle
08:56 les visites domiciliaires, les mesures administratives en lien d'ailleurs avec la justice pour les mesures judiciaires, nous permet d'interpeller énormément de monde,
09:03 d'expulser énormément de monde. Depuis que je suis ministre de l'Intérieur, nous avons expulsé plus de 1 000 fiches S qui étaient étrangères,
09:09 de dégrader des titres de séjour, d'en refuser, et surtout de pouvoir protéger physiquement, puisque non seulement il faut pouvoir prévenir ces actes-là,
09:17 mais il faut bien sûr réagir très vite, comme l'a fait la police ce matin, ce qui évite bien sûr d'avoir des morts dans les forces de l'ordre ou chez les citoyens.
09:25 On peut imaginer que si quelqu'un avait été à proximité de ce site à 6h30 du matin, il aurait pu continuer sa folle course.
09:33 Et donc je crois que l'intervention des policiers a été salvatrice et que notamment ce jeune policier a sauvé des vies.
09:39 [Musique]
09:43 [SILENCE]